Le document de collecte : présentation (2)

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Comme expliqué dans l'article précédent, le document de collecte a donc pour objectif de donner au copié-collé sa place dans la recherche d'information. La place qui est la sienne, c'est-à-dire d'en faire une étape et non l'aboutissement du travail.

L'utilisation du document de collecte suit, grosso modo, trois ou quatre étapes qui toutes, peuvent faire l'objet d'aménagements pédagogiques (travail individuel ou en groupe par exemple) et d'évaluations variées selon les objectifs des professeurs. Ce n'est pas le moindre des intérêts de l'outil qu'à chaque étape, les choix peuvent être différents : les effets produits (et donc évaluables) le seront en conséquence.

La première de ces étapes est la constitution du document de collecte lui-même. C'est le fruit de la recherche sur Internet : sur un sujet donné, on demande aux élèves de copier-coller dans un document Word des éléments de différents sites qui leur paraissent convenir. Concrètement, cela revient à faire créer par les élèves un document tertiaire constitué d'une compilation de plusieurs sites. Rien qu'à ce stade, les consignes peuvent être variées :

  • travail à plusieurs ou individuel (parfois imposée par la configuration matérielle)
  • des sites interdits ou pas
  • un nombre minimum de sites demandés
  • volume (en nombre de pages) du document de collecte
  • etc.

On ne transige pas sur deux points :

  • le document de collecte doit être limité (une page A4 pour un collégien par exemple)
  • le document de collecte doit être daté et la source clairement indiquée (URL et nom du site) ; on s'aperçoit rapidement que la compétence "identifier le nom d'un site et repérer l'URL" est loin d'être acquise par tous

Le document est ensuite imprimé, et on passe à l'étape suivante.

Sur le papier, les élèves doivent prélever les informations nécessaires. A ce stade, il est compliqué de faire une présentation générale car de très nombreuses options sont possibles. On pourra demander aux élèves de repérer les termes récurrents, qu'on identifiera comme des mots-clés liés au sujet ; on pourra leur demander de piocher des informations plus factuelles à partir desquelles ils rédigeront un récit ; on pourra leur faire faire un premier classement des informations relevées.

On prévoit en général ici un document, intermédiaire avant la production finale, qui permettra ce relevé. Il pourra s'agir d'un tableau, un questionnaire ou, plus ambitieusement, une carte mentale. Selon le niveau des élèves (et ce qu'on cherche à leur faire faire), ce document sera plus ou moins préparé par les professeurs.

Enfin, on aborde la production finale qui sera la présentation, par l'élève, des informations relevées (dont on espère qu'elles deviennent des connaissances) ; écrite ou orale, elle sera évaluée par le professeur de discipline.

Cela n'est qu'une trame générale. En fonction du temps dont on dispose et de la configuration matérielle, on pourra par exemple faire revenir les élèves devant les ordinateurs au moment de la troisième étape, quand pour remplir le document intermédiaire les élèves seront confrontés aux manques de leur propre recherche.

Devant la multiplicité des options, on comprend que cet outil ouvre de très nombreuses possibilités. C'est avec mes 5èmes que j'ai déjà commencé à les explorer. Ce sera l'objet des prochains billets.

 

Le document de collecte : présentation (1)

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J'entame ici la présentation d'un travail que j'espère développer au long de l'année, avec mes élèves et mes collègues, sous des formes diverses, autour d'un outil extrêmement intéressant : le "document de collecte".

Cette expression, pas très heureuse au demeurant, s'inspire d'un article de Nicole Boubée consultable sur ArchiveSIC : Le rôle des copiés-collés dans l’activité de recherche d’information des élèves du
secondaire
(2008) ; la lecture de ce texte vous sera indispensable si vous souhaitez comprendre la suite des évènements. L'utilisation que je cherche à en faire s'inspire très directement de l'expérience décrite par l'auteur (anonyme) du blog mesdocsdedocs et, là aussi, je vous renvoie à la présentation qu'elle en a faite dans ces différents articles :

Désolée de vous infliger cette énumération de références, dictée autant par la nécessité que par la reconnaissance.

Essayons de résumer le problème.

La question du copié-collé dans la démarche de recherche d'information par les élèves est régulièrement soulevée. Certains professeurs ont abandonné l'idée de leur faire rechercher des informations par eux-mêmes ("je ne vais pas corriger internet !"), ce qui me parait fort dommageable tant à leur motivation qu'à leur formation. La plupart des autres ont de facto rendu les armes en acceptant de corriger des pseudo copiés-collés, ce qui ne peut qu'encourager les élèves à continuer.

Pour des raisons de commodité évidentes, un élève placé en situation de recherche ira au plus basique : taper le sujet dans Google, ramasser quelques sites parmi les premiers (donc Wikipedia), et copier-coller des paragraphes entiers. Comme ses professeurs lui ont bien fait la leçon sur le copié-collé, l'élève va arranger ce copié-collé (fermez violemment les guillemets). Cet arrangement consiste, en gros, à transformer la phrase

> Alexandre le Grand est né en -356

en

> Alexandre le Grand naît en -356.

Pour lui, ce n'est plus du copié-collé. Le problème est évidemment que non seulement, on reste dans le plagiat, mais (plus grave car plus immédiat pour le pédagogue) au terme de cette charcuterie grammaticale l'élève est incapable de dire à quelle époque a vécu Alexandre le Grand.

Des élèves très scolaires, très doués peuvent retirer quelque chose de ce travail : je garde le souvenir d'un petit 5e venu au CDI préparer un exposé sur Carthage - sur son écran, du texte au kilomètre. Croyant le piéger, je lui demande de "me parler de Carthage", sans regarder l'écran. J'ai dû l'arrêter au bout de 5 minutes, au milieu de la deuxième guerre punique. Il avait tout retenu. Mais pour le collégien moyen, le copié-collé-arrangé n'est pas efficace sur le plan de l'acquisition des connaissances.

La difficulté pour le professeur vient alors dans l'évaluation et la notation chiffrée de ce travail. Il n'est décemment pas possible de mettre une mauvaise note car, indéniablement, il y a eu du travail de la part de l'élève. Il s'est probablement fait aider par un parent, lequel attend lui aussi "sa" note. Mais attribuer une bonne note parce que les connaissances attendues sont présentées, alors qu'une connaissance présentée n'est pas forcément acquise, ne fait que valider le procédé (l'élève recommencera au prochain travail de recherche puisque cela lui rapporte de bonnes notes). On encourage donc une méthode qui n'est pas efficace au plan cognitif.

C'est à ce problème que les professeurs-documentalistes ont des solutions à proposer, comme l'oublient trop souvent nos collègues de disciplines. Une de ces solutions, très intéressante à mon avis, est le document de collecte.

Intéressante parce que réaliste. Réaliste parce qu'elle s'appuie sur le réflexe Google des élèves, donc sur leur vécu (qui est aussi celui de leurs professeurs, soit dit en passant). On peut bassiner les élèves avec les étapes de la recherche : je questionne le sujet (quiquequoioù....), je définis des mots-clés, gnagnagna. Les élèves le feront en séance en classe pour faire plaisir au professeur ; mais aussitôt rentrés chez eux, ils retourneront à leur petite charcuterie grammaticale. On ne peut pas lutter contre le vécu des élèves, quand la technologie l'alimente.

Intéressante parce que, je crois, efficace. Efficace parce que le document de collecte oblige l'élève à lire l'information collectée, et à l'analyser pour la classer et l'exploiter convenablement. Le copié-collé, devenu une étape de la recherche d'information (et non plus son aboutissement), prend une vraie légitimité - à la plus grande surprise des élèves ("Mais Madame, on peut vraiment faire du copié-collé ?!") !

(à suivre ... )

 

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