Quelques mots en passant sur l'avortement

Rédigé par MBKto - - Aucun commentaire

Ces derniers jours, plusieurs éléments m'ont amené à réfléchir à propos de l'avortement.

Sur un groupe Facebook de professeurs d'histoire-géo - et d'éducation civique, puisque c'est aussi nous qui en sommes généralement chargés - auquel je suis abonnée, un collègue s'inquiétait récemment d'une multiplication des prises de position "fortement intolérantes" (ce sont ses termes) de ses élèves sur différents sujets de société, dont l'avortement. Une autre lui donnait pour conseil, notamment, "(d')utiliser les connaissances scientifiques", donnant comme exemple "un fœtus de 8 semaines n'est pas un bébé" ou encore "un enfant n'est pas toujours un 'cadeau du ciel'". Je n'ai pas réagi sur Facebook car se positionner pour ou contre l'avortement est une question secondaire par rapport à la raison d'être du groupe, mais cette rhétorique me donne envie de réagir.

Passons rapidement sur le deuxième exemple proposé : juger si un événement est providentiel ou pas est une question d'appréciation personnelle. On pourra me parler de précarité économique ou sociale, du traumatisme d'un viol, ou de telle situation précise : qui peut citer des critères objectifs permettant d'établir qu'un enfant inattendu ne procurera aucune joie à personne ? Je ne vois là rien de scientifique, ou alors je n'ai pas compris le sens de cet adjectif.

Plus intéressante, la distinction entre le fœtus et l'enfant. Elle a pour moi autant de sens que de dire qu'une chenille n'est pas un papillon. Rien dans la chenille ne ressemble au papillon, c'est un fait, et pourtant tout le papillon est dans la chenille. En vérité, rien dans la chenille n'a de sens que comme principe du papillon. Le destin d'une chenille n'est pas de devenir une plus grosse chenille !

Et si vous écrasez une chenille, il y aura bel et bien un papillon de moins. D'ailleurs, la législation sur la protection des insectes protège ensemble les œufs, les larves et les imagos [OK, je viens de découvrir le terme technique, alors je le place, comme les gamins qui découvrent un mot nouveau #TropFière]. La Loi française ne distingue pas les chenilles et les papillons, mais le fœtus et le bébé : si !

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Autre point de réflexion, cette réponse faite par François-Xavier Bellamy, invité récemment, de l'émission C-Politique. Il a réussi, avec beaucoup de finesse, à proposer une formulation sur laquelle, je crois, tout le monde peut se retrouver, sans renier aucun de ses principes : "L'avortement n'est pas une opération anodine. Pourquoi est-ce qu'on pourrait pas tous se mettre d'accord pour se dire que la baisse de l'avortement devrait être un objectif de politique publique ? "

Je trouve intéressante cette manière de rechercher le consensus. En fin de compte, je crois que se positionner "pour" ou "contre" l'avortement revient à mal poser le problème.

Parce que je crois qu'au fond, personne n'est "pour" l'avortement. Je peux entendre qu'on soit attaché à ce qu'il soit légal, afin d'éviter les cintres ou les aiguilles à tricoter. Mais personne, d'un peu de bon sens, ne souhaite à une femme d'avoir besoin d'y recourir.

Personnellement, je préfère dire que je suis "pour toute alternative possible, quelle que soit la situation".

L'enjeu devient alors de protéger et développer la possibilité de recourir à une alternative. Dans un monde idéal, l'avortement ne serait ni interdit, ni autorisé. Il ne serait, tout simplement, pas pratiqué.

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