Les trois cèdres du Liban (conte)

Rédigé par MBKto - - Aucun commentaire

J'ai retrouvé dans mes dossiers un conte entendu il y a plusieurs années lors d'une retraite à Tressaint (raconté par le père Gosselin, il est encore meilleur), et que j'ai eu l'occasion de raconter la semaine dernière. Je n'en suis absolument pas l'auteur (je ne sais pas qui l'est), et je sais qu'il existe d'autres versions.

 

Il était une fois trois cèdres, qui s'épanouissaient sur une montagne du Liban, dans un décor magnifique.

Ces trois cèdres avaient une particularité peu banale : ils étaient "croyants, pratiquants" : jour et nuit, ils ne cessaient de chanter les louanges du Seigneur :
"Loué sois-Tu, Seigneur, pour ce généreux soleil qui nous fait croître"
"Loué sois-Tu, Seigneur, pour la mer et pour ces montagnes qui nous environnent ; grâces te soient rendues de nous avoir donné un tel lieu !"
"Louange à Toi, notre Dieu, pour nos racines qui vont puiser l'eau dont nous avons besoin, et qui nous attachent solidement à la terre !"
"Béni sois-Tu pour ces enfants qui grimpent dans nos branches !"
"Béni sois-Tu Seigneur, pour ces gens qui viennent se reposer sous notre ombre !"
"Louange à Toi pour le firmament qui éclaire nos nuits !"
etc. etc. …

Bien sûr, ils formaient (très fort) des vœux pour leur avenir.

Le premier priait tous les jours ainsi : "Seigneur, je voudrais devenir un coffre ! un coffre splendide, orné des pierres les plus précieuses, des métaux les plus rares, dans lequel on rangerait les Livres sacrés : et j'abriterai Ta Parole, et on la vénérera pendant des siècles !"

Le deuxième priait également : "Moi, Seigneur, je voudrais qu'avec mon bois, on construise un bateau ! un grand navire solide et magnifique, qui traverserait les mers pour aller annoncer au monde entier comme Tu es bon, comme Tu es beau, comme Tu es grand ! et je porterai Ta Parole à tous les hommes, et ils l'entendront et ils seront sauvés !"

Le troisième, lui, avait un désir un peu différent : "Eh bien moi, Seigneur, je voudrais qu'on ne me coupe jamais ; je continuerais de croître, et je deviendrais si grand qu'en me regardant, les gens regarderaient vers le ciel ; et alors, ils se souviendraient de Ta grandeur, et je serais pour eux un signe, le signe de Ton Amour pour eux !"

Et le temps passait ; ils se fortifiaient peu à peu, toujours dans l'espoir de servir un jour la gloire de Dieu.

Un jour, les trois cèdres virent arriver les bûcherons. Leur sève se mit à couler un peu plus vite, leurs branches palpitèrent d'excitation : "Enfin ! l'heure est venue !" ; le troisième pria très fort pour que la scie passe loin de lui. Hélas ! il fut coupé comme les deux autres !

On emmena donc les trois cèdres et l'on débita leur bois.

Mais avec le bois du premier, on construisit une auge grossière, dans laquelle on mit du foin, pour donner à manger aux animaux. Et le premier cèdre fut condamné à une vie misérable, reclus dans le coin d'une étable, jamais regardé, ne recevant que des coups de pattes...

Avec le bois du deuxième, on construisit une barque, pas bien grande, toute simple, et vendue à des pêcheurs sur un lac. Et le deuxième cèdre aussi fut condamné : jamais il ne voyagea, et tous les jours il emmenait les pêcheurs, et ramenait leur poisson...

Quant au troisième, qui avait déjà perdu tout espoir, il fut transformé en une poutre, avec laquelle on construisit un bâtiment. Et personne ne levait les yeux vers la charpente, et il ne désignait rien à personne.

Et les années passèrent, et les générations d'hommes se succédèrent, et les trois cèdres vieillirent peu à peu. La mangeoire, partiellement brisée, fut reléguée au fond de la ferme. La barque, devenue trop peu sûre pour la pêche, fut abandonnée sur le rivage. Quant à la poutre, le bâtiment qu'elle soutenait s'écroula un jour, et on ne la récupéra pas.

Tout était achevé.

 

Or, un jour, un homme assez âgé arriva avec une femme, jeune, qui était sur le point d'accoucher. N'ayant pu trouver de place à l'auberge, il installa un petit coin tranquille à l'écart, découvrit la mangeoire toute vermoulue, la remplit de foin et coucha le nouveau-né dedans. L'enfant y fut bien au chaud, bien à l'abri. Des bergers venus des environs vinrent le voir et s'agenouiller devant lui ; même, de riches étrangers déposèrent des cadeaux précieux à ses pieds...

 

Des années plus tard, une foule innombrable avait envahi le bord du lac où se trouvait encore la barque abandonnée. Cette foule venait écouter un homme qui lui disait des choses extraordinaires. Mais il y avait trop de monde et on ne pouvait pas l'entendre. Alors l'homme monta dans la barque, s'éloigna un peu du rivage et, de là, se mit à leur parler. Il leur disait combien Dieu était bon, ils l'entendaient et ils étaient bouleversés...

Quelques temps après, des hommes vinrent chercher la poutre qui était restée sous les décombres ; il la prirent et en chargèrent un homme, qu'on avait condamné à mort. On crucifia l'homme, et sa croix se dressait vers le ciel.

 

Et voilà comment...
... celui qui voulait abriter les Livres sacrés recueillit le fragile Verbe fait chair...
... celui qui voulait faire connaître au monde la Parole porta Celui qui La révéla aux hommes...
... et celui qui voulait élever les regards vers Dieu devint ce signe par lequel, aujourd'hui encore, les hommes se souviennent de son Amour.

 

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