Je transforme des larves en papillons. Hé ouais.

Le plus beau métier du monde (#8)

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Début du cours, 5eme. Je ne sais plus très bien à propos de quoi, j'emploie l'expression "Il faut avoir fait Polytechnique pour y arriver". Consciente que les élèves n'ont peut-être pas compris, je leur demande s'ils savent ce que c'est, "Polytechnique".

Un petit Gérin* répond : "Oui je sais : c'est une étude pour des gens qui sont très intelligents !" Je rectifie un peu, je précise, et j'explicite le sens de l'expression. Et on passe à autre chose.

Un peu plus tard, après leur avoir rendu des copies, je les félicite de leurs bonnes notes.

Et le petit Gérin de réagir : "On est super intelligents, on va tous faire Polytechnique !"

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(* Non, ce n'est pas son vrai prénom. Ici j'anonymise mes élèves en piochant parmi les saints du jour).

Le plus beau métier du monde (#7)

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L'enseignement est un métier riche en émotions, et en émotions contrastées. On peut passer très vite, dans la même journée, du sublime à l'accablement (ou l'inverse) ; et repartir au turbin dans ce yoyo émotionnel n'est pas toujours facile à gérer.

Il y a beaucoup de frustrations, de motifs de découragement. Mais il y a parfois des moments, d'autant plus précieux qu'ils sont fugitifs, qui à eux seuls peuvent donner du sens à une carrière.

J'ai eu la chance de vivre un de ces moments assez vite dans ma carrière, peut-être la deuxième année.

C'était (une fois de plus) devant une classe de 5ème, en histoire. Une après-midi ronronnante, un peu maussade, juste avant la récréation. Je ne sais plus de quoi je parlais, en tout cas un sujet que je connaissais très bien. Comme il arrive souvent quand on est très à l'aise sur un sujet, on réussit beaucoup mieux à capter l'attention.

Au bout de quelques minutes, je m'aperçois que toute la classe écoutait, ce qui est déjà assez rare : sur 27 ou 28 élèves, il y en a toujours quelques uns qui regardent par la fenêtre, tripotent leur trousse, ou discutent en croyant être discrets. Cette fois-là, rien de tout ça : et voir 27 ou 28 petits visages tournés vers vous est, déjà, quelque chose de très impressionnant.

Soudain, alors que j'étais au milieu d'une phrase, la cloche a sonné.

Pas un élève n'a bougé.

Bien sûr, ça n'a duré que quelques secondes. Bien sûr, dès que ma voix a fléchi, ils ont commencé à rassembler leurs affaires, et bien sûr, je les ai perdus à partir de là.

Mais pendant ces 10, peut-être 12 secondes, je me suis sentie ....

Les psys ont un mot pour ça : ils appellent cela "être aligné". Comme me l'a dit un collègue à qui j'ai raconté cela en sortant de la classe, sous le coup de l'émotion : "Dans ces moments-là, tu sais pourquoi tu fais ce métier."

Cela ne s'est jamais reproduit ; parfois j'ai été bonne, souvent j'ai été beaucoup moins bonne, parfois j'ai été franchement mauvaise, mais à lui tout seul, le souvenir de ces quelques secondes m'est plus précieux que les six premières années de ma carrière.

Où l'on reparle du document de collecte

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J'ai été pas mal occupée, ces derniers temps, par la préparation d'un concours, l'équivalent pour l'enseignement privé du CAPES interne en histoire-géographie. L'admissibilité se joue sur la présentation d'un dossier de reconnaissance des acquis de l'expérience professionnelle (d'où son petit nom : "le RAEP"), dans lequel il s'agit de présenter une réalisation pédagogique de son choix.

À présent que les résultats sont publiés (et oui : j'ai été admise), je me suis dit que cette plongée dans ma pratique professionnelle intéresserait peut-être les quelques lecteurs, profs ou pas, qui s'attardent par ici. [Les documents sont en bas de ce billet].

J'ai choisi de présenter un exercice que j'ai fait faire à ma classe de seconde l'an dernier, directement inspiré d'une réflexion sur le copier-coller des élèves entamée depuis le début de ma carrière dans l'enseignement. J'en avais parlé il y a quelques années dans ce billet, puis celui-ci, en présentant un travail fait avec des 5emes sur Haroun al-Rachid (présentation, et bilan).

Pour ceux qui aurait la flemme de relire ces (pourtant excellents) billets, il s'agit d'intégrer le copier-coller des élèves (au lieu de le combattre), comme une première étape du travail. Les élèves constituent une sorte de document tertiaire, une mosaïque d'extraits de sites internet copiés-collés, dont ils vont ensuite exploiter les informations pour produire le document qui sera rendu au professeur. Plus que la question du plagiat, le problème principal du copié-collé est pour moi la pauvreté des connaissances retenues dans un travail de recherche d'informations sur Internet. L'enjeu est de les obliger à dépasser l'étape du copié-collé, et à produire une réflexion personnelle.

C'est l'objet de la réalisation pédagogique que je présente dans mon RAEP. Il faut garder à l'esprit que ce type de document est soumis à des contraintes particulières, celles des dispositions réglementaires d'abord, et plus encore celles énoncées dans le rapport du jury. Pro-tip : quand on passe un concours, il faut TOUJOURS lire très attentivement le rapport du jury (et appliquer à la lettre les recommandations). Ainsi, certaines notes de bas de page ne servent qu'à envoyer un message au jury. Par exemple, le jury s'étonne dans le rapport que des professeurs de géographie ne connaissent pas le site Géoconfluences. Même si dans la pratique je ne l'utilise pas... quotidiennement, je n'ai pas manqué de référencer quelques articles, uniquement pour le faire apparaître (TAVU jury moi je connais Géoconfluences). Das ist Stratégie.

(Nota : j'avais tout de même pris la précaution de relire les articles en question quelques jours avant l'oral pour être capable de répondre à une éventuelle question "test". Das ist Stratégie. Dans les faits, le jury d'oral n'avait probablement pas lu le dossier et ne m'a pas interrogée dessus).

J'ai globalement réussi à éviter de jargonner (le jury dans son rapport s'agace d'ailleurs des candidats qui se croient obligés de le faire) ; quelques expressions néanmoins paraîtront moins claires à ceux qui ne sont pas de la Maison (il faut bien employer le vocabulaire de sa profession, surtout dans un tel contexte) :

  • la transposition pédagogique, c'est la manière dont on traite un chapitre en cours, concrètement : quels documents on utilise, ce qu'on en fait faire aux élèves, comment on les évalue, etc.
  • une évaluation formative est faite en cours d'acquisition, et doit permettre à l'élève de corriger ses erreurs ; une évaluation sommative fait le bilan des acquis, généralement en fin de processus, et il n'est pas prévu que l'élève puisse revenir sur ses réponses pour améliorer le résultat (typiquement, c'est le contrôle de fin de chapitre ou l'épreuve du baccalauréat).

À présent que vous avez tous les éléments :

Le plus beau métier du monde (malgré tout) (#6)

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Géographie, 5e.

Nous parlons climat, donc températures, donc mesures de la température. J'explique aux élèves ce que sont les degrés Fahrenheit et, dans une de ces envolées qui nous saisissent parfois, je pars sur Fahrenheit 451.

"451 degrés Fahrenheit, c'est la température à laquelle brûle le papier. Fahrenheit 451, c'est un roman de science-fiction, donc qui se passe dans un futur imaginaire, où le gouvernement brûle tous les livres."

Frémissement d'excitation des élèves : ne plus être obligés de lire des livres, le rêve !

Je corrige immédiatement :

"Non, mais attention : c'est grave, c'est pour empêcher les gens de lire, donc de penser librement, par eux-mêmes."

Un élève ne voit pas le problème :

"Ben, on peut les télécharger sur Internet !"

Pasteur des Lumières

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Je saisis (un peu artificiellement j'en conviens) l'occasion de l'anniversaire de la Réforme (31 octobre 1517) pour vous présenter Jean-Frédéric Oberlin, un pasteur méconnu de nos jours que j'ai redécouvert cet été en passant à Waldersbach et qui, à son échelle toute simple, a fait vivre l'Évangile qui l'animait.

Alsacien, il a vécu à la fin du XVIIIe siècle. Envoyé à 27 ans dans une vallée pauvre et très enclavée des Vosges, le Ban-de-la-Roche, Jean-Frédéric Oberlin y a vécu près de soixante années animé d'une infatigable volonté d'améliorer le sort de ses ouailles. Il ne partait pas de rien : son prédécesseur avait créé une petite école et posé quelques bases. Mais son activité inlassable s'est déployée dans de multiples directions : depuis l'aménagement des chemins jusqu'à la formation des maîtres d'école du Ban-de-la-Roche, en passant par ce qu'on appellerait aujourd'hui le "micro-crédit".

Son oeuvre la plus spécifique est l'invention des "poêles à tricoter", qui sont les ancêtres des écoles maternelles. Pour que les petits enfants ne soient pas livrés à eux-mêmes avant d'avoir atteint l'âge d'aller à l'école ou de se rendre utiles à leurs parents, il charge quelques jeunes filles de les réunir dans des salles (autour du poêle) pour les occuper - et notamment, leur apprendre à tricoter. C'est aussi l'occasion de les catéchiser, dans l'objectif avoué que, par cette éducation religieuse rudimentaire, ils amènent leurs parents à une fréquentation plus assidue du culte.

En parlant de poêle, on voit encore dans le temple de son village de Waldersbach comment, en dédoublant le tuyau du poêle, de manière à allonger la surface chaude, il s'efforce d'exploiter au mieux les ressources pour améliorer le confort de ses contemporains.

Il faut absolument visiter le musée qui lui est consacré, à Waldersbach. On y voit l'incroyable inventivité qu'il a développée pour produire ce qu'on appellerait aujourd'hui des "mallettes pédagogiques", à destination des différentes écoles du Ban-de-la-Roche, comme des jeux de cartes pour l'enseignement de la botanique ou des fonds de cartes muettes de la région ou de l'Europe, gravés sur des planches de bois pour être reproduits aisément par les maîtres d'école. Beaucoup d'activités et d'expérimentations dans ces écoles (on n'est pas très loin de Montessori), et les créateurs du musée ont respecté ce sens de la pédagogie en émaillant le parcours de visite de petites manipulations. 

Pour en savoir (beaucoup) plus, outre Wikipedia ou le site du musée, on peut lire la monographie de Loïc Chalmel (Oberlin : le pasteur des Lumières, Éditions de la Nuée bleue, Strasbourg, 2006, 237 p.), un peu confuse toutefois car l'auteur a opté pour un plan thématique, de sorte qu'on perd la lecture chronologique. J'avoue être passée un peu vite sur les pages consacrées à la doctrine du pasteur qui, tout en étant fidèle au protestantisme, a développé une théologie assez personnelle, limite ésotérique (et pour tout dire un peu fumeuse).

Le seul problème avec les sources présentant Oberlin, c'est qu'elles versent facilement dans l'hagiographie - ce qui est un peu le comble pour un pasteur. Dans le musée, une seule vitrine reléguée en bout de course (donc à laquelle personne ne prête attention) présente la manière dont il surveillait ses paroissiens (allant jusqu'à noter dans son petit carnet qui n'est pas habillé "comme il faut"), qui laisse penser qu'on ne devait pas rigoler tous les jours au Ban-de-la-Roche.

Il n'en reste pas moins que cette personnalité étonnante gagne à être connue, et fait honneur à ses coreligionnaires.

Auxquels je souhaite donc, oecuméniquement, un joyeux 500e anniversaire.

(Mais c'est quand même l'Église catholique qui a raison. Parce que bon, quand même, quoi :-) !!)

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