Le plus beau métier du monde (#8)

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Début du cours, 5eme. Je ne sais plus très bien à propos de quoi, j'emploie l'expression "Il faut avoir fait Polytechnique pour y arriver". Consciente que les élèves n'ont peut-être pas compris, je leur demande s'ils savent ce que c'est, "Polytechnique".

Un petit Gérin* répond : "Oui je sais : c'est une étude pour des gens qui sont très intelligents !" Je rectifie un peu, je précise, et j'explicite le sens de l'expression. Et on passe à autre chose.

Un peu plus tard, après leur avoir rendu des copies, je les félicite de leurs bonnes notes.

Et le petit Gérin de réagir : "On est super intelligents, on va tous faire Polytechnique !"

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(* Non, ce n'est pas son vrai prénom. Ici j'anonymise mes élèves en piochant parmi les saints du jour).

Catholic Blues

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Aujourd'hui, je vais exceptionnellement rompre avec une règle que je m'étais fixée en créant ce blog, qui est de ne pas réagir "à chaud" à l'actualité, particulièrement quand elle tourne à la polémique. Mais je vais le faire aujourd'hui, parce que ce qui arrive est grave, et parce que j'ai mal.

D'abord et avant tout, j'ai mal à l'idée que des enfants ont souffert des horreurs que je ne peux même pas me représenter.

Mais j'ai surtout mal que des connards de prédateurs aient usé de l'ascendant moral et spirituel que leur donnaient leurs fonctions de prêtre pour infliger ces horreurs à ces enfants, obtenir leur silence et parfois aussi bénéficier de celui de leurs parents, qui ont préféré ne pas croire les enfants.

J'ai mal que des évêques aient nié, ou minimisé le problème, aient cherché à étouffer le scandale, à protéger l'Institution plutôt que les enfants.

Dans un autre registre, j'ai mal que dans certains pays, des religieux aient participé à l'enlèvement d'enfants à leur mère, et donné une caution morale et spirituelle à un système aussi odieux.

Tout cela me fait mal car ce n'est pas ce que je connais de l'Église, et j'ai terriblement mal que certains la réduisent désormais à tout cela.

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Retour de Terre sainte

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Je reviens de deux semaines en Terre sainte. J'y étais déjà allée deux fois, je commence à m'y sentir un peu chez moi, mais cela reste un voyage hors du temps.

Quand j'ai eu envie d'aller en Terre sainte pour la première fois, j'ai voulu rencontrer ceux qui y vivent. Ne pas faire une tournée de lieux saints entre deux hôtels, mais vraiment aller à la rencontre des gens, parce qu'après tout, Jésus dans les Évangiles ne fait pas autre chose que cela : aller à la rencontre.

J'ai découvert les camps d'été du Réseau Barnabé, et j'ai participé coup sur coup à deux éditions. C'était formidable de partager des beaux moments avec des habitants de Ramallah, et ensuite découvrir, à Jérusalem, les lieux saints et la présence juive, à la fois ancienne et moderne. J'ai dîné chez des Palestiniens, rompu avec eux le jeûne du Ramadan, et dîné chez des Israéliens (Français) pour ouvrir le shabbat. J'ai marché dans le Wadi Qelt, me suis baignée dans la Mer morte, et j'ai tenté de me recueillir dans le Saint-Sépulcre. J'ai entendu les Juifs chanter les psaumes et des muezzins appeler à la prière.

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Bref, j'ai découvert la magie de Jérusalem, dont j'avais alors brossé un portrait chinois.

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Le plus beau métier du monde (#7)

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L'enseignement est un métier riche en émotions, et en émotions contrastées. On peut passer très vite, dans la même journée, du sublime à l'accablement (ou l'inverse) ; et repartir au turbin dans ce yoyo émotionnel n'est pas toujours facile à gérer.

Il y a beaucoup de frustrations, de motifs de découragement. Mais il y a parfois des moments, d'autant plus précieux qu'ils sont fugitifs, qui à eux seuls peuvent donner du sens à une carrière.

J'ai eu la chance de vivre un de ces moments assez vite dans ma carrière, peut-être la deuxième année.

C'était (une fois de plus) devant une classe de 5ème, en histoire. Une après-midi ronronnante, un peu maussade, juste avant la récréation. Je ne sais plus de quoi je parlais, en tout cas un sujet que je connaissais très bien. Comme il arrive souvent quand on est très à l'aise sur un sujet, on réussit beaucoup mieux à capter l'attention.

Au bout de quelques minutes, je m'aperçois que toute la classe écoutait, ce qui est déjà assez rare : sur 27 ou 28 élèves, il y en a toujours quelques uns qui regardent par la fenêtre, tripotent leur trousse, ou discutent en croyant être discrets. Cette fois-là, rien de tout ça : et voir 27 ou 28 petits visages tournés vers vous est, déjà, quelque chose de très impressionnant.

Soudain, alors que j'étais au milieu d'une phrase, la cloche a sonné.

Pas un élève n'a bougé.

Bien sûr, ça n'a duré que quelques secondes. Bien sûr, dès que ma voix a fléchi, ils ont commencé à rassembler leurs affaires, et bien sûr, je les ai perdus à partir de là.

Mais pendant ces 10, peut-être 12 secondes, je me suis sentie ....

Les psys ont un mot pour ça : ils appellent cela "être aligné". Comme me l'a dit un collègue à qui j'ai raconté cela en sortant de la classe, sous le coup de l'émotion : "Dans ces moments-là, tu sais pourquoi tu fais ce métier."

Cela ne s'est jamais reproduit ; parfois j'ai été bonne, souvent j'ai été beaucoup moins bonne, parfois j'ai été franchement mauvaise, mais à lui tout seul, le souvenir de ces quelques secondes m'est plus précieux que les six premières années de ma carrière.

Bâtir un pont : l'Église et la commnauté LGBT

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Dans mes lectures récentes, le Building a Bridge du père James Martin, récemment traduit sous le titre Bâtir un pont : l'Église et la communauté LGBT par le frère Marie-Augustin LHB op, traduction publiée aux éditions du Cerf, en toute logique (le traducteur étant dominicain).

Ayant suivi sur les réseaux sociaux la sortie de ce livre, et la polémique qui s'en est suivie (le père J. Martin a été violemment attaqué par les milieux conservateurs), j'étais impatiente de le découvrir. Grâces soient rendues au traducteur qui l'a rendu possible.

Le père James Martin, américain, jésuite, est un éditorialiste régulier du magazine America (seul hebdomadaire catholique des États-Unis) et consulteur au Secrétariat pour la communication du Saint-Siège et du Vatican.

Le propos du livre est clairement pastoral, et pour cette raison me laisse un peu sur ma faim. Je cherche encore une réflexion plus théorique sur l'enseignement de l'Église catholique à propos de l'homosexualité. Il m'est extrêmement difficile de comprendre le fait même de l'homosexualité : si, comme l'Église l'enseigne, Dieu a voulu l'altérité sexuelle, d'où vient que des hommes et des femmes ne peuvent la vivre ? Si cet empêchement a une origine biologique, et parce qu'il me parait évident que l'homosexualité n'est ni le signe, ni la cause d'une quelconque malédiction divine (expression parfaitement oxymorique s'il faut en croire l'Église), alors comment l'expliquer ? Je regrette qu'il soit si difficile d'exprimer cette incompréhension, quand elle est dénuée de malveillance, dans un contexte où le militantisme des uns rend souvent le dialogue impossible.

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