Le plus beau métier du monde (#9)

Rédigé par Marie-Hélène - - Aucun commentaire

J'ai, dans ma classe de 5e de cette année, un élève qui est un véritable sketch à lui tout seul. Intelligent en diable, mais susceptible comme un pou. Du genre à bouder comme un gamin pour un oui ou pour un non. Je ne compte plus ses "ça s'fait pas" indignés ; je ne les compte plus, car pour tout avouer, je m'amuse à les provoquer, le sachant assez fin pour comprendre peu à peu cet humour.

On l'entend tout à l'heure sortir une énormité : "Le Bangladesh, c'est en Afrique".

Tous les autres se retournent vers lui pour le chambrer. Bon prince, il reconnait son erreur avec le sourire et lance : "L'erreur est humaine".

Je décide de le provoquer. "Oui, mais vous, est-ce que vous êtes humain ?"

Comme prévu, il s'indigne, et j'entends son "ça s'fait pas !" immédiatement suivi de son visage boudeur. Il me lance alors : "Et vous, vous êtes une mammifère même pas identifiée" (je ne suis pas tout à fait sûre de l'adjectif qu'il a employé).

Petit frisson des autres qui retiennent leur souffle devant l'impertinence de leur camarade. Je prends le parti d'en rire franchement : "Ah, non, mais moi je ne suis même pas une mammifère du tout : je suis un monstre !"

Même lui a rigolé.

...

Un peu plus tard, il rechigne à copier une définition, un peu longue. Il m'explique alors très sérieusement : "Mais moi, Madame, pour les définitions, j'apprends juste la première phrase : direct, efficace !"

Moi, du tac au tac : "Ah, alors je vais corriger vos copies comme ça : juste les trois premières questions : direct, efficace !"

Il s'indigne immédiatement et commence : "ah mais ça s'...".

Et là il s'est arrêté net, comprenant qu'il était coincé.

La loi, les sentiments et la raison

Rédigé par Marie-Hélène - - Aucun commentaire

Si ce blog n'a pas été conçu comme une tribune politique, je voudrais exprimer quelques réflexions à propos de la loi dite "de bioéthique" (mais qu'a-t-elle encore de bio- ou d'éthique ?) actuellement en cours d'adoption.

Parce que cette loi a été définie comme une ouverture de droits aux homosexuels (alors même qu'elle contient des dispositions concernant l'utilisation des embryons humains qui n'ont plus rien à voir avec la question de l'homoparentalité, et qui tendent à nous rapprocher dangereusement d'un roman d'Aldous Huxley), s'affirmer contre expose immanquablement à l'accusation d'homophobie.

La fortune actuelle du suffixe en dit long sur l'appauvrissement du débat public. Une phobie, c'est une haine, de la répulsion : en d'autres termes une émotion, et de surcroît une émotion primaire, de l'ordre de l'instinct. Réduire la position d'un interlocuteur à une réaction instinctive, c'est lui dénier toute rationalité, ce qui est une façon de fermer le dialogue. D'ailleurs, si ce n'est pas assez clair, on en vient à annuler des conférences dans des universités, ce qui devrait inquiéter toute personne un tant soit peu attachée à la liberté d'opinion dans ce pays. Il parait difficile d'accuser Sylviane Agacinski de manquer de rationalité !

Car est-il irrationnel de trouver un peu grosse la ficelle qui mène de la "PMA pour toutes" à la GPA, et de s'inquiéter des dérives à venir ? Il est évident que cette prochaine étape est déjà dans les tuyaux : le service public assure déjà le service avant-vente à coup d'émissions dégoulinantes de bons sentiments (oui, parce que la défense de toutes ces lois qui, du PACS à la PMA pour toutes, vont nous conduire à la GPA, s'appuie toujours - voire exclusivement - sur le plan des sentiments : l'important c'est l'amour). Est-il irrationnel de prédire les inextricables imbroglios juridiques et humains qui ne manqueront pas de se multiplier ? Est-il irrationnel de voir derrière cette marche à la GPA une nouvelle forme d'esclavage en col blanc, propre sur lui, qui n'attend que d'être légalisé dans la plus parfaite bonne conscience ? Est-il irrationnel de voir venir un gigantesque marché, des pratiques douteuses, dont seront forcément victimes les femmes les plus pauvres ?

Et est-il irrationnel encore de demander s'il est bien temps, à l'heure où nous prenons tout juste conscience des irréparables dégâts de la technique sur notre planète, de promouvoir une procréation parfaitement artificielle ? L'assistance médicale à la procréation dont peut bénéficier un couple hétérosexuel faiblement fertile, conserve, elle, un rapport au réel. Mais la création d'un embryon pour un couple intrinsèquement infécond en est totalement déconnectée. Pourquoi serait-il irrationnel de penser que la présence d'un père et d'une mère reste la meilleure des configurations pour qu'un enfant grandisse ? La blessure liée à l'absence d'un parent de l'autre sexe peut bien être surmontée à l'échelle individuelle ; la nier relève cependant de la pensée magique. N'aurait-on pas mieux à faire que l'institutionnaliser ?

Faut-il ajouter encore que ce type de fécondation (et les pratiques eugénistes qui se rencontrent déjà) ne pourra conduire qu'à un appauvrissement génétique, une uniformisation des individus selon des critères socialement normés ; et dans le même temps, on appelle à défendre la biodiversité, quelle ironie !

En dernière analyse, on m'opposera forcément la souffrance des couples homosexuels qui seraient empêchés de réaliser leur rêve d'avoir des enfants. Nous revoilà sur le terrain des émotions. Alors là, je vais être plus claire que jamais : je ne pense pas avoir de leçon à recevoir sur ce chapitre. Il m'a bien fallu apprendre à vivre avec l'idée que la fécondité n'est pas que charnelle. Je ne prétends pas faire de ma situation personnelle (qu'il faudrait, du reste, exposer plus en complexité) un exemple ; mais qu'on m'épargne cet argument de la douleur d'être frustré dans un désir profond. Je suis assez au courant.

Mais la Loi a-t-elle pour fonction de résoudre une frustration ? Et si la technique nous donne la capacité de renverser un ordre naturel des choses, est-il raisonnable de le faire ? Après tout, le dérèglement actuel de la planète devrait nous inviter à plus d'humilité devant nos propres potentialités.

Recevoir son salut

Rédigé par Marie-Hélène - - Aucun commentaire

Vous avez probablement déjà entendu l'expression faire son salut, et très probablement aussi  gagner son paradis. Si je savais confusément qu'elles ne sont pas très chrétiennes, parce que peu compatibles avec l'idée d'une gratuité de la miséricorde, j'ai longtemps eu du mal à mettre le doigt sur le problème. C'est venu cet été.

Le point à bien comprendre, c'est qu'on n'a pas besoin de faire son salut, mais il faut le recevoir.

Imaginez qu'on se connaisse, et que je vous aime énormément. Je décide de vous faire un cadeau extraordinaire : je vous offre un avion.

Pour profiter de mon cadeau, vous devrez apprendre à piloter. Suivre des cours (et pour cela renoncer à d'autres activités), faire des séances en simulateur, vous planter parfois (et par cela apprendre l'humilité...), vous voyez l'idée.

Le salut, c'est un cadeau extraordinaire ; l’Église enseigne qu'il est reçu en plénitude au baptême* qui a pour effet d'effacer les péchés. Longtemps, on recevait le baptême juste avant de mourir, afin de ne pas commettre un péché grave entre le baptême et la mort (l'empereur Constantin est l'un des exemples les plus célèbres). La logique se comprend : si l'on reçoit le salut au moment du baptême, à quoi sert la vie terrestre après ?

La vie "après" le baptême correspond à l'apprentissage du salut. La vie spirituelle n'a pas d'autre sens que de se mettre peu à peu en mesure de vivre la vie béatifique (et pour moi, tout le reste - mon métier, mes activités quotidiennes - n'a pas d'autre sens que de servir de cadre à la vie spirituelle). Cela passe par la prière, la fréquentation des sacrements, mais aussi l'annonce de l’Évangile par le témoignage et/ou l'enseignement pastoral. Parce que chacun est responsable du salut des autres. Plus exactement : chacun contribue à apprendre aux autres à recevoir leur salut.

Ainsi se comprend mieux pourquoi il n'y a pas à gagner son paradis. Ce n'est pas la même chose de dire "si tu apprends à piloter, je t'offre un avion" (en récompense), que "parce que je t'offre un avion, apprends à piloter pour pouvoir en profiter". L'homme pense en termes de récompense, voire de calcul ; mais Dieu donne gratuitement. Les sacrifices consentis dans le cadre d'une vie chrétienne ne sont pas une monnaie pour acheter Dieu, mais des pas sur un chemin particulier.

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* Le sacrement est un vecteur de la grâce, mais non pas une condition : Dieu n'est pas contraint par le sacrement. Qui n'a jamais reçu le baptême peut être sauvé (autrement) par Dieu qui reste pleinement libre, quoi qu'il arrive.

Classé dans : Spi - Mots clés : aucun

Adieu à Paris

Rédigé par Marie-Hélène - - Aucun commentaire

J'ai profité de mon dernier été à Paris, avant un déménagement vers d'autres cieux, pour y faire quelques aquarelles en juillet.

Miniature : 2019-07-08_paris-place-vosges.tb.jpg Miniature : 2019-07-09_paris-ile-saint-louis.tb.jpg Miniature : 2019-07-09_paris-jardin-plantes.tb.jpg Miniature : 2019-07-10_paris-cimetiere-montmartre.tb.jpg Miniature : 2019-07-12_paris-canal-ourq.tb.jpg

C'est loin d'être parfait mais je vois quelques progrès.

(Le titre sonne un peu définitif. Je m'installe sous d'autres cieux mais je garde des liens à Paris, j'y retournerai forcément !)

Classé dans : Dessin - Mots clés : aucun

Savoir échouer, c'est déjà réussir

Rédigé par Marie-Hélène - - Aucun commentaire

Que veut dire souhaiter à ses élèves de "réussir", comme il est d'usage au moment de les quitter ?

Dans la vie, il y a des projets que l'on réussit, et d'autres que l'on rate, parce que tout ne dépend pas de soi, et parce qu'on est souvent amené à prendre des décisions sans connaître tous les paramètres à l'avance. On n'apprend pas assez, en France, à bien vivre l'erreur. Les tests internationaux tendent à montrer que les petits Français préfèrent s'abstenir que risquer de se tromper.

Pourtant, savoir transformer l'échec en expérience, en tirer un enseignement utile pour la suite, c'est un trésor fondamental puisque, d'une certaine façon, il n'y a jamais d'échec pour qui sait le vivre comme une expérience. C'est la réflexion qui vient à la lecture, hautement recommandable, des Vertus de l'échec, de Charles Pépin.

C'est une chose que j'aurais aimé entendre à leur âge. 

A mes lycéens que je quittais l'autre jour, j'ai donné le conseil suivant. Si, un jour, vous vous trouviez dans une situation d'échec, par exemple d'avoir raté un concours (ces élèves en passeront presque tous plusieurs), prenez une feuille de papier. Faites la liste de toutes les décisions que vous avez prises, qui vous ont conduit à cet "échec", et dont vous ressentez la succession avec culpabilité : j'ai choisi cette prépa alors qu'on m'avait dit que... je n'ai pas travaillé assez telle matière alors que les profs m'avaient averti que...

Ensuite, en face de chacune de ces décisions, trouvez lui une conséquence positive - indépendamment du résultat final. On m'avait déconseillé cette prépa, mais j'y ai rencontré tel ami. Je n'ai pas travaillé assez telle matière, mais je me suis passionné pour tel sujet en particulier.

Quand vous aurez fini, bien sûr vous n'aurez toujours pas votre concours, il n'y a pas de magie à attendre.

Mais vous dormirez mieux ce soir-là.

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