Spi

Réflexions sur l'Église et la Foi en général.

 

Prier, pour quoi ?

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"Dieu n'a rien fait quand mes parents ont divorcé, alors pourquoi prier ?"

Séance de pastorale, en 5e, sur la prière. Une élève m'interpelle, longuement, douloureusement. Pas de vraie réponse, car on ne répond pas à l'expression d'une souffrance particulière par un énoncé théorique général. Le décalage entre les niveaux de vérité est bien trop grand pour qu'il y ait dialogue.

Je lui ai seulement exprimé mon incapacité à lui répondre, et pour finir de façon plus légère j'ai raconté au groupe la blague du naufragé, parce qu'on a tous quelque part cette idée qu'une intervention de Dieu doit forcément être spectaculaire.

Mais l'épisode m'est resté en tête et j'ai continué d'y réfléchir.

***

Et puis, j'ai compris une chose.

J'ai compris qu'il ne faut pas prier pour un résultat.
Mais pour des moyens.

Ta grand-mère est malade, tu aimerais qu'elle guérisse.
Tu pries : "Seigneur, guéris ma grand-mère, je t'en supplie !".
Ta grand-mère guérit : tu penses avoir été exaucé, merci sois-Tu Seigneur amen de gloire !
Ta grand-mère meurt : Dieu ne m'a pas entendu, il est sourd ou méchant, je ne prierai plus jamais, je n'y crois plus.

Ta grand-mère est malade, tu aimerais qu'elle guérisse.
Tu pries : "Seigneur, fais qu'elle soit prise en charge par des médecins compétents, donne-nous de bien l'entourer pour l'aider à garder un bon moral, donne-lui la force de supporter la douleur !"
Les médecins seront compétents, la famille sera présente, la grand-mère supportera.

Elle guérira peut-être, et peut-être même contre toute logique scientifique, et tu pourras profiter d'elle encore un peu.

Mais il est possible aussi que cela ne suffise pas, et elle mourra. Elle a été bien prise en charge, bien soutenue, mais la médecine ne pouvait plus rien faire. Juste : c'était son heure, voilà tout.
Mais alors tu sauras voir qu'elle est morte en paix. Et toi aussi, tu seras apaisé.

***

Le secret de la prière, c'est que Dieu ne donne pas un résultat, Il donne des moyens.

Et si le résultat n'est pas celui espéré, s'il est décevant ou douloureux, Dieu fait comprendre - parfois longtemps après, car Dieu a son propre timing - qu'il est providentiel tout de même.


Réflexions sur la sanction

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J'ai fait hier une petite causerie sur le thème de la sanction dans la pédagogie salésienne (c'est-à-dire pratiquée par Don Bosco et ses successeurs). C'est un thème qui m'intéresse particulièrement car, comme j'ai lu quelque part (sauf erreur dans le Collèges de France de Mara Goyet), la difficulté dans l'exercice de l'autorité consiste à être "ferme et souple plutôt que rigide et mou".

Je l'ai préparée en m'appuyant sur deux livres (inutile de dire que je ne prétends pas avoir fait le tour de la question, mais ce n'était pas mon objectif) :

En voici mon "papier". Comme cela a été remarqué par un des auditeurs, la réflexion est plus axée sur la pratique de la sanction dans le cadre de la relation individuelle (le jeune - l'éducateur) que dans celui de la gestion d'un groupe. Quand un élève transgresse une règle dans le cadre du cours, les enjeux de la sanction sont un peu différents.

Les citations en gras sont tirées des écrits de Don Bosco lui-même.

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Le doute de Joseph

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La semaine dernière, j'ai eu un petit débat théologique avec un prêtre de mes connaissances sur le passage de l'annonce faite à Joseph (Mt 1, 18-25).

La question du débat portait sur l'interprétation de l'attitude de Joseph. On rappelle le contexte : Marie se retrouve enceinte "sous l'action de l'Esprit Saint" et Joseph, "son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret" (Mt 1, 19). En homélie, ce prêtre avait expliqué que Joseph, pensant que Marie l'avait trompé avec un autre homme, voulait la répudier mais secrètement pour ne pas l'exposer au scandale. Mon désaccord s'appuyait sur une autre interprétation, entendue lors d'une formation au Collège des Bernardins, selon laquelle Joseph, certain que l'enfant est bien conçu du Saint-Esprit, doute seulement de sa propre dignité à en être l'éducateur - et l'époux d'une femme aussi exceptionnelle.

De Joseph, on ne sait pas grand'chose, mais Matthieu le qualifie d'homme juste. Dans l'interprétation traditionnelle de ce terme (rappelée par Luc (1, 6) par exemple), un juste est quelqu'un qui suit tous les commandements de façon irréprochable. D'après la loi juive, Joseph aurait dû dénoncer Marie publiquement et la faire lapider (pour adultère) ; or il ne le fait pas. On peut imaginer qu'il ait agi par sollicitude envers Marie, en ne voulant pas l'exposer au scandale : cette distance prise par rapport à la lettre de la Loi annoncerait celle de Jésus ("le sabbat est fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat" Mc 2, 27).

On peut aussi comprendre qu'il ne croit pas qu'elle ait été adultère, parce qu'il croit totalement en la conception divine de Jésus. Si l'observance fidèle à la Loi est en effet le premier sens du mot "juste", une interprétation plus large, moins légaliste, de ce mot est également possible. Le juste est celui dont la conduite est parfaitement ajustée à la volonté de Dieu. Joseph n'a pas de doute sur l'origine de l'enfant que porte Marie. Il recule devant ce qu'elle implique pour lui-même.

Le débat est loin d'être clos car ces deux interprétations sont aussi fondées l'une que l'autre. Ce prêtre a eu la gentillesse de faire une petite recherche dans les auteurs classiques, et selon lui, "Eusèbe de Césarée, historien de l'Eglise du IVème siècle; saint Ephrem, moine et poète syrien; quelques exégètes modernes et l'édition de la Bible de Jérusalem vont dans [mon] sens ; saint Ambroise de Milan, saint Augustin, saint Jean Chrysostome, Luther" penchent pour la première interprétation (la sienne).

Personnellement, j'aime assez à me dire que Joseph a confiance dans les paroles que Marie lui a dites lorsqu'elle a dû lui expliquer ce qui s'est passé. ("Euh, Joseph, faut que je te parle d'un truc...").


La Parole de Dieu au coeur de la confession

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Depuis quelque temps, j'ai entrepris, sur les conseils d'un prêtre, de me confesser régulièrement. Mais avec la répétition vient la difficulté : comment se confesser quand on ne sait pas quoi confesser ?

Non que je ne commette aucun péché, bien sûr. Mais enfin, on ne tue pas son père ou sa mère tous les jours. Sur le plan strictement positif, en considérant les actes commis, mes péchés sont d'une banalité désolante ; quant à leur portée, je la qualifierais bien de ridicule si je ne craignais pas de me rendre ipso facto coupable de complaisance avec mon propre péché. Si l'on considère le péché par ommission, c'est-à-dire le bien que j'aurais pu faire et que je n'ai pas fait, alors la liste devient interminable. Plus problématique encore, la difficulté à pointer des actes précis pour ne pas en rester à de vagues généralités ; tout le monde, à un point ou un autre, "est orgueilleux" ou "manque de charité".

Cet été, un prêtre m'a donné un conseil qui compte parmi les meilleurs que j'ai reçus : préparer sa confession à l'aide d'un passage de la Parole de Dieu. Ce peut être un passage qui vous tient à coeur, mais le plus simple est de prendre l'évangile du jour, et se laisser surprendre par Dieu. Prier ce texte, le relire plusieurs fois, et relire sa vie au regard de l'attitude des protagonistes. L'autre jour par exemple, c'était les marchands du Temple. À quel point ne suis-je pas, moi aussi, installée dans ma vie spirituelle, dans une petite routine pas trop engageante (les marchands sont dans le Temple mais pas dans le sanctuaire) ?... Et ainsi de suite.

Je peux vous assurer que c'est extrêmement fructueux, et donne au sacrement de miséricorde une profondeur bien plus puissante que la simple notion d'examen de conscience. Ce devrait être comme ça qu'on apprend aux enfants à se confesser, plutôt que les traumatiser par une liste de "cases à cocher" qui dégoûte à coup sûr du confessionnal.

Ah, et une dernière chose : une confession n'a pas besoin d'être longue. Il m'est déjà arrivé de ne confesser qu'un seul péché, parce que j'avais pris conscience que je vivais "dedans", pour ainsi dire. Ce que je veux dire, c'est qu'on n'a pas besoin d'attendre d'avoir suffisamment de matière à confesser, ni qu'on doive impérativement racler jusqu'aux fonds de tiroir comme pour satisfaire le prêtre, qui n'est pas là pour être satisfait. Les péchés oubliés en confession sont dissous comme les autres dans la miséricorde de Dieu. Quant aux péchés non avoués, l'acte commis est déjà pardonné par Dieu, mais la dissimulation est en elle-même un nouveau péché... Qui aime la vérité vient à la lumière ; la prière juste, dans un tel cas, est de demander à Dieu Son aide pour faire le chemin vers cette lumière. Elle viendra en Son temps.

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Les trois cèdres du Liban (conte)

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J'ai retrouvé dans mes dossiers un conte entendu il y a plusieurs années lors d'une retraite à Tressaint (raconté par le père Gosselin, il est encore meilleur), et que j'ai eu l'occasion de raconter la semaine dernière. Je n'en suis absolument pas l'auteur (je ne sais pas qui l'est), et je sais qu'il existe d'autres versions.

 

Il était une fois trois cèdres, qui s'épanouissaient sur une montagne du Liban, dans un décor magnifique.

Ces trois cèdres avaient une particularité peu banale : ils étaient "croyants, pratiquants" : jour et nuit, ils ne cessaient de chanter les louanges du Seigneur :
"Loué sois-Tu, Seigneur, pour ce généreux soleil qui nous fait croître"
"Loué sois-Tu, Seigneur, pour la mer et pour ces montagnes qui nous environnent ; grâces te soient rendues de nous avoir donné un tel lieu !"
"Louange à Toi, notre Dieu, pour nos racines qui vont puiser l'eau dont nous avons besoin, et qui nous attachent solidement à la terre !"
"Béni sois-Tu pour ces enfants qui grimpent dans nos branches !"
"Béni sois-Tu Seigneur, pour ces gens qui viennent se reposer sous notre ombre !"
"Louange à Toi pour le firmament qui éclaire nos nuits !"
etc. etc. …

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