Bâtir un pont : l'Église et la commnauté LGBT

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Dans mes lectures récentes, le Building a Bridge du père James Martin, récemment traduit sous le titre Bâtir un pont : l'Église et la communauté LGBT par le frère Marie-Augustin LHB op, traduction publiée aux éditions du Cerf, en toute logique (le traducteur étant dominicain).

Ayant suivi sur les réseaux sociaux la sortie de ce livre, et la polémique qui s'en est suivie (le père J. Martin a été violemment attaqué par les milieux conservateurs), j'étais impatiente de le découvrir. Grâces soient rendues au traducteur qui l'a rendu possible.

Le père James Martin, américain, jésuite, est un éditorialiste régulier du magazine America (seul hebdomadaire catholique des États-Unis) et consulteur au Secrétariat pour la communication du Saint-Siège et du Vatican.

Le propos du livre est clairement pastoral, et pour cette raison me laisse un peu sur ma faim. Je cherche encore une réflexion plus théorique sur l'enseignement de l'Église catholique à propos de l'homosexualité. Il m'est extrêmement difficile de comprendre le fait même de l'homosexualité : si, comme l'Église l'enseigne, Dieu a voulu l'altérité sexuelle, d'où vient que des hommes et des femmes ne peuvent la vivre ? Si cet empêchement a une origine biologique, et parce qu'il me parait évident que l'homosexualité n'est ni le signe, ni la cause d'une quelconque malédiction divine (expression parfaitement oxymorique s'il faut en croire l'Église), alors comment l'expliquer ? Je regrette qu'il soit si difficile d'exprimer cette incompréhension, quand elle est dénuée de malveillance, dans un contexte où le militantisme des uns rend souvent le dialogue impossible.

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Le passage de la Mer Rouge, préfiguration du baptême

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Je vous livre à toutes fins utiles quelques "éléments", préparés pour une séance de "pastorale" (à laquelle assistent des élèves qui choisissent de ne pas aller à la messe pendant ce temps-là, parce qu'ils ne sont pas chrétiens ou parce qu'ils ne veulent pas trop montrer qu'ils le sont...). C'est un cycle de séances qui prend appui sur les tapisseries de la Chaise-Dieu, lesquelles sont organisées comme les Bibles des pauvres : une scène du Nouveau Testament est associée à deux scènes de l'Ancien Testament.

En théologie, l'exercice qui consiste à lire dans l'AT ce qui préfigure le Nouveau s'appelle la typologie. C'est un exercice passionnant car il fait ressortir une profonde cohérence entre les deux.

Puisque le calendrier liturgique nous amène à célébrer dans peu de temps le baptême du Christ, j'ai pris ici la tapisserie correspondante, qui associe ce baptême au passage de la Mer Rouge. Puisque la séance s'adresse à des non-chrétiens, je l'ai davantage orientée sur le récit de l'Exode (plus universel) que sur le baptême de Jésus.

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Prier, pour quoi ?

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"Dieu n'a rien fait quand mes parents ont divorcé, alors pourquoi prier ?"

Séance de pastorale, en 5e, sur la prière. Une élève m'interpelle, longuement, douloureusement. Pas de vraie réponse, car on ne répond pas à l'expression d'une souffrance particulière par un énoncé théorique général. Le décalage entre les niveaux de vérité est bien trop grand pour qu'il y ait dialogue.

Je lui ai seulement exprimé mon incapacité à lui répondre, et pour finir de façon plus légère j'ai raconté au groupe la blague du naufragé, parce qu'on a tous quelque part cette idée qu'une intervention de Dieu doit forcément être spectaculaire.

Mais l'épisode m'est resté en tête et j'ai continué d'y réfléchir.

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Et puis, j'ai compris une chose.

J'ai compris qu'il ne faut pas prier pour un résultat.
Mais pour des moyens.

Ta grand-mère est malade, tu aimerais qu'elle guérisse.
Tu pries : "Seigneur, guéris ma grand-mère, je t'en supplie !".
Ta grand-mère guérit : tu penses avoir été exaucé, merci sois-Tu Seigneur amen de gloire !
Ta grand-mère meurt : Dieu ne m'a pas entendu, il est sourd ou méchant, je ne prierai plus jamais, je n'y crois plus.

Ta grand-mère est malade, tu aimerais qu'elle guérisse.
Tu pries : "Seigneur, fais qu'elle soit prise en charge par des médecins compétents, donne-nous de bien l'entourer pour l'aider à garder un bon moral, donne-lui la force de supporter la douleur !"
Les médecins seront compétents, la famille sera présente, la grand-mère supportera.

Elle guérira peut-être, et peut-être même contre toute logique scientifique, et tu pourras profiter d'elle encore un peu.

Mais il est possible aussi que cela ne suffise pas, et elle mourra. Elle a été bien prise en charge, bien soutenue, mais la médecine ne pouvait plus rien faire. Juste : c'était son heure, voilà tout.
Mais alors tu sauras voir qu'elle est morte en paix. Et toi aussi, tu seras apaisé.

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Le secret de la prière, c'est que Dieu ne donne pas un résultat, Il donne des moyens.

Et si le résultat n'est pas celui espéré, s'il est décevant ou douloureux, Dieu fait comprendre - parfois longtemps après, car Dieu a son propre timing - qu'il est providentiel tout de même.

Réflexions sur la sanction

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J'ai fait hier une petite causerie sur le thème de la sanction dans la pédagogie salésienne (c'est-à-dire pratiquée par Don Bosco et ses successeurs). C'est un thème qui m'intéresse particulièrement car, comme j'ai lu quelque part (sauf erreur dans le Collèges de France de Mara Goyet), la difficulté dans l'exercice de l'autorité consiste à être "ferme et souple plutôt que rigide et mou".

Je l'ai préparée en m'appuyant sur deux livres (inutile de dire que je ne prétends pas avoir fait le tour de la question, mais ce n'était pas mon objectif) :

En voici mon "papier". Comme cela a été remarqué par un des auditeurs, la réflexion est plus axée sur la pratique de la sanction dans le cadre de la relation individuelle (le jeune - l'éducateur) que dans celui de la gestion d'un groupe. Quand un élève transgresse une règle dans le cadre du cours, les enjeux de la sanction sont un peu différents.

Les citations en gras sont tirées des écrits de Don Bosco lui-même.

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Le doute de Joseph

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La semaine dernière, j'ai eu un petit débat théologique avec un prêtre de mes connaissances sur le passage de l'annonce faite à Joseph (Mt 1, 18-25).

La question du débat portait sur l'interprétation de l'attitude de Joseph. On rappelle le contexte : Marie se retrouve enceinte "sous l'action de l'Esprit Saint" et Joseph, "son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret" (Mt 1, 19). En homélie, ce prêtre avait expliqué que Joseph, pensant que Marie l'avait trompé avec un autre homme, voulait la répudier mais secrètement pour ne pas l'exposer au scandale. Mon désaccord s'appuyait sur une autre interprétation, entendue lors d'une formation au Collège des Bernardins, selon laquelle Joseph, certain que l'enfant est bien conçu du Saint-Esprit, doute seulement de sa propre dignité à en être l'éducateur - et l'époux d'une femme aussi exceptionnelle.

De Joseph, on ne sait pas grand'chose, mais Matthieu le qualifie d'homme juste. Dans l'interprétation traditionnelle de ce terme (rappelée par Luc (1, 6) par exemple), un juste est quelqu'un qui suit tous les commandements de façon irréprochable. D'après la loi juive, Joseph aurait dû dénoncer Marie publiquement et la faire lapider (pour adultère) ; or il ne le fait pas. On peut imaginer qu'il ait agi par sollicitude envers Marie, en ne voulant pas l'exposer au scandale : cette distance prise par rapport à la lettre de la Loi annoncerait celle de Jésus ("le sabbat est fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat" Mc 2, 27).

On peut aussi comprendre qu'il ne croit pas qu'elle ait été adultère, parce qu'il croit totalement en la conception divine de Jésus. Si l'observance fidèle à la Loi est en effet le premier sens du mot "juste", une interprétation plus large, moins légaliste, de ce mot est également possible. Le juste est celui dont la conduite est parfaitement ajustée à la volonté de Dieu. Joseph n'a pas de doute sur l'origine de l'enfant que porte Marie. Il recule devant ce qu'elle implique pour lui-même.

Le débat est loin d'être clos car ces deux interprétations sont aussi fondées l'une que l'autre. Ce prêtre a eu la gentillesse de faire une petite recherche dans les auteurs classiques, et selon lui, "Eusèbe de Césarée, historien de l'Eglise du IVème siècle; saint Ephrem, moine et poète syrien; quelques exégètes modernes et l'édition de la Bible de Jérusalem vont dans [mon] sens ; saint Ambroise de Milan, saint Augustin, saint Jean Chrysostome, Luther" penchent pour la première interprétation (la sienne).

Personnellement, j'aime assez à me dire que Joseph a confiance dans les paroles que Marie lui a dites lorsqu'elle a dû lui expliquer ce qui s'est passé. ("Euh, Joseph, faut que je te parle d'un truc...").

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