Catholic Blues

Rédigé par MBKto - - Aucun commentaire

Aujourd'hui, je vais exceptionnellement rompre avec une règle que je m'étais fixée en créant ce blog, qui est de ne pas réagir "à chaud" à l'actualité, particulièrement quand elle tourne à la polémique. Mais je vais le faire aujourd'hui, parce que ce qui arrive est grave, et parce que j'ai mal.

D'abord et avant tout, j'ai mal à l'idée que des enfants ont souffert des horreurs que je ne peux même pas me représenter.

Mais j'ai surtout mal que des connards de prédateurs aient usé de l'ascendant moral et spirituel que leur donnaient leurs fonctions de prêtre pour infliger ces horreurs à ces enfants, obtenir leur silence et parfois aussi bénéficier de celui de leurs parents, qui ont préféré ne pas croire les enfants.

J'ai mal que des évêques aient nié, ou minimisé le problème, aient cherché à étouffer le scandale, à protéger l'Institution plutôt que les enfants.

Dans un autre registre, j'ai mal que dans certains pays, des religieux aient participé à l'enlèvement d'enfants à leur mère, et donné une caution morale et spirituelle à un système aussi odieux.

Tout cela me fait mal car ce n'est pas ce que je connais de l'Église, et j'ai terriblement mal que certains la réduisent désormais à tout cela.

Au cours de ma vie, j'ai eu affaire à un grand nombre de prêtres, à commencer par celui qui m'a baptisée à l'âge de 2 mois et demi (le 25 mai 1980). Il y a eu les curés et vicaires des paroisses où j'ai successivement vécu. Il y a eu des aumôniers scolaires, et les prédicateurs des retraites, camps ou rassemblements estivaux auxquels j'ai participés. Certains n'ont croisé ma route que quelques instants, mais par une seule parole ont dénoué quelque chose en moi, me permettant d'avancer. Et il y a mon très précieux directeur spirituel, qui m'accompagne avec tant de patience depuis des années.

Certains étaient moins sympathiques que d'autres. Certains ont eu des propos qui m'ont choquée, que je n'ai pas compris tout de suite. Un, mais un seul, m'a fait un jour une proposition ambiguë (j'avais 20 ans), mais j'ai pu en parler à qui de droit et la réaction a été immédiate. Je n'ignore donc pas que les prêtres sont des hommes avec leurs faiblesses ; mais je ne rendrai jamais assez grâce au Ciel d'avoir pavé ma route de tant de saints et d'avoir protégé ma Foi.

Alors oui, je suis blessée que le comportement criminel de quelques connards salisse l'ensemble de leurs frères. Je ne veux certes pas que les victimes se taisent, au contraire, et que ces crimes restent cachés. La vérité, seule la vérité, rendra l'Église libre. Il y aura d'autres révélations, et il le faut. Mais cette perspective est effrayante car l'ampleur du scandale devrait sérieusement ébranler l'Église que nous connaissons.

Sans doute a-t-elle besoin d'être purifiée des restes du cléricalisme qui a marqué les derniers siècles de son histoire, et profondément imbibé notre société. Car si la pédophilie n'est certainement pas l'apanage des prêtres, en revanche la pédophilie des prêtres (ou plus largement, tout "dérapage" d'un prêtre, pensons à cette gifle qu'un vieux prêtre fatigué a donné à un enfant) scandalise bien davantage que celle d'un laïc. C'est clairement le signe que la figure du Prêtre, telle que construite à la suite du Concile de Trente, conserve une prééminence particulière dans l'esprit des gens (y compris non catholiques). Ce "sacerdocentrisme" tridentin faisait certainement l'affaire de l'Institution, en flattant les appétits autoritaires des carriéristes ; mais aussi des laïcs, parce qu'il est beaucoup plus confortable de s'en remettre à Monsieur le Curé, comme aujourd'hui à des algorithmes ou comme hier à Pharaon, que devoir assumer la responsabilité de sa vie. Il est certainement temps que l'Église soit débarrassée de cet encombrant rôle moral, qu'elle s'est donné - et que trop de gens trouvent encore confortable de lui donner, même si c'est pour le dénoncer.

Donc, essayons de garder l'Espérance et confiance en la capacité divine à faire jaillir du Bon de toute cette merde. Où le péché abonde, la grâce surabonde, et nous proclamons qu'elle a déjà vaincu.

Mais dans l'immédiat, il est dramatique de se dire que le spectacle que donne à voir l'Église d'aujourd'hui la rend insupportable aux yeux de beaucoup ; ce sont encore des générations d'enfants qui ne seront pas inscrits au catéchisme, et au-delà l'avenir des vocations en France un peu plus compromis.

Dans le déferlement de ces horreurs, l'annonce de la Résurrection devient inaudible. Ce qui se joue, c'est la crédibilité de l'Église, donc sa capacité future (et plus largement celle des chrétiens - de tous les chrétiens), à transmettre la joie de la Révélation. Et je prie mes lecteurs non chrétiens de croire que c'est là une souffrance profonde pour un chrétien : "Connaître la victoire du Christ et regarder le monde suivre le cortège infernal, voilà le plus grand déchirement", écrit Fabrice Hadjadj.

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