L'Evangile ne raconte pas la vie de Jésus !

Rédigé par MBKto - - Aucun commentaire

Pour savoir si quelqu'un est chrétien, on peut lui demander qui est pour lui Jésus. Mais il est une autre question, toute simple, qui distingue radicalement les chrétiens des non-chrétiens. Elle touche à l'Evangile. Cette question est : pour vous, que raconte l'Evangile ?

Si vous répondez "l'histoire de Jésus", alors vous n'êtes pas (encore) chrétien dans l'Esprit. Vous êtes peut-être baptisé, mais peu formé, ou bien vous en êtes resté à une foi enfantine. L'Evangile passe sur vous comme l'eau sur les plumes d'un canard. Vous n'êtes pas encore véritablement entré dans votre foi, qui est pour vous un bagage de connaissances que vous ne comprenez pas très bien – peut-être même vous êtes vous débarrassé (on dit aussi "prendre du recul") de celles qui vous paraissaient par trop étranges.

Si en revanche vous répondez "mon histoire", alors vous êtes chrétien. Non pas que vous vous preniez pour Jésus. Mais vous avez compris que si l'Evangile braque le projecteur sur la personne de Jésus, l'important était ce qu'il y a autour du halo, voire même derrière le projecteur. Vous avez compris que quand Jésus parle à un interlocuteur, il faut moins se focaliser sur la parole prononcée (peut-être) par Jésus il y a deux mille ans, que sur la raison pour laquelle cet interlocuteur est destinataire de cette parole. Et se demander si cette raison ne vous touche pas, vous-même, très directement.

L'Evangile ne raconte pas l'histoire de Jésus ; l'Evangile raconte l'histoire de ceux qui ont rencontré Jésus. Prenez un des quatre évangiles, et faites une liste de toutes les personnes qui ont, un jour, été en contact avec Jésus (depuis la crêche jusqu'à la Croix). Vous aurez un échantillon assez représentatif, comme disent les statisticiens, de l'Humanité : des malades (beaucoup de malades), des bien-portants, des riches et des pauvres, des parias et des notables, des savants, des bergers, des artisans, des étrangers ou des prêtres, etc.

Les évangélistes n'ont pas voulu donner des connaissances scientifiques sur Jésus. Ils ont voulu témoigner de cette rencontre qu'ils ont eux-même vécue, qui est au coeur de l'Evangile, avec une personne qui a bouleversé leur existence. Aucun des personnages qui figurent sur votre liste n'est reparti indemne de sa rencontre avec Jésus : pour certains, le bouleversement est manifeste (guérison physique, retour "par un autre chemin", etc.) ; pour d'autres, il est noté plus discrètement, comme ce jeune homme riche qui repart "triste, car il avait de grands biens" (Jésus lui a dit de tout abandonner pour Le suivre).

Bien sûr, Jésus tient une place centrale dans l'Evangile, puisqu'Il est lui-même cette Bonne nouvelle. Mais être chrétien ce n'est pas avoir de grandes connaissances sur Jésus ou trouver qu'il a vachement raison. C'est être entré dans ce mystère, avoir compris que Jésus s'adresse à moi-même car s'il touche le point le plus sensible de toutes ces personnes, c'est pour me toucher à mon tour par la plus grande de mes faiblesses : de quoi suis-je riche, de quoi suis-je pauvre, quel genre de lèpre me défigure, suis-je satisfait, suis-je "en attente" ? C'est reconnaître de quelle façon Jésus vient occuper cette faiblesse, l'habiter pour la guérir.

C'est pouvoir dire, finalement, "l'Evangile raconte mon histoire".

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