La loi, les sentiments et la raison

Rédigé par Marie-Hélène - - Aucun commentaire

Si ce blog n'a pas été conçu comme une tribune politique, je voudrais exprimer quelques réflexions à propos de la loi dite "de bioéthique" (mais qu'a-t-elle encore de bio- ou d'éthique ?) actuellement en cours d'adoption.

Parce que cette loi a été définie comme une ouverture de droits aux homosexuels (alors même qu'elle contient des dispositions concernant l'utilisation des embryons humains qui n'ont plus rien à voir avec la question de l'homoparentalité, et qui tendent à nous rapprocher dangereusement d'un roman d'Aldous Huxley), s'affirmer contre expose immanquablement à l'accusation d'homophobie.

La fortune actuelle du suffixe en dit long sur l'appauvrissement du débat public. Une phobie, c'est une haine, de la répulsion : en d'autres termes une émotion, et de surcroît une émotion primaire, de l'ordre de l'instinct. Réduire la position d'un interlocuteur à une réaction instinctive, c'est lui dénier toute rationalité, ce qui est une façon de fermer le dialogue. D'ailleurs, si ce n'est pas assez clair, on en vient à annuler des conférences dans des universités, ce qui devrait inquiéter toute personne un tant soit peu attachée à la liberté d'opinion dans ce pays. Il parait difficile d'accuser Sylviane Agacinski de manquer de rationalité !

Car est-il irrationnel de trouver un peu grosse la ficelle qui mène de la "PMA pour toutes" à la GPA, et de s'inquiéter des dérives à venir ? Il est évident que cette prochaine étape est déjà dans les tuyaux : le service public assure déjà le service avant-vente à coup d'émissions dégoulinantes de bons sentiments (oui, parce que la défense de toutes ces lois qui, du PACS à la PMA pour toutes, vont nous conduire à la GPA, s'appuie toujours - voire exclusivement - sur le plan des sentiments : l'important c'est l'amour). Est-il irrationnel de prédire les inextricables imbroglios juridiques et humains qui ne manqueront pas de se multiplier ? Est-il irrationnel de voir derrière cette marche à la GPA une nouvelle forme d'esclavage en col blanc, propre sur lui, qui n'attend que d'être légalisé dans la plus parfaite bonne conscience ? Est-il irrationnel de voir venir un gigantesque marché, des pratiques douteuses, dont seront forcément victimes les femmes les plus pauvres ?

Et est-il irrationnel encore de demander s'il est bien temps, à l'heure où nous prenons tout juste conscience des irréparables dégâts de la technique sur notre planète, de promouvoir une procréation parfaitement artificielle ? L'assistance médicale à la procréation dont peut bénéficier un couple hétérosexuel faiblement fertile, conserve, elle, un rapport au réel. Mais la création d'un embryon pour un couple intrinsèquement infécond en est totalement déconnectée. Pourquoi serait-il irrationnel de penser que la présence d'un père et d'une mère reste la meilleure des configurations pour qu'un enfant grandisse ? La blessure liée à l'absence d'un parent de l'autre sexe peut bien être surmontée à l'échelle individuelle ; la nier relève cependant de la pensée magique. N'aurait-on pas mieux à faire que l'institutionnaliser ?

Faut-il ajouter encore que ce type de fécondation (et les pratiques eugénistes qui se rencontrent déjà) ne pourra conduire qu'à un appauvrissement génétique, une uniformisation des individus selon des critères socialement normés ; et dans le même temps, on appelle à défendre la biodiversité, quelle ironie !

En dernière analyse, on m'opposera forcément la souffrance des couples homosexuels qui seraient empêchés de réaliser leur rêve d'avoir des enfants. Nous revoilà sur le terrain des émotions. Alors là, je vais être plus claire que jamais : je ne pense pas avoir de leçon à recevoir sur ce chapitre. Il m'a bien fallu apprendre à vivre avec l'idée que la fécondité n'est pas que charnelle. Je ne prétends pas faire de ma situation personnelle (qu'il faudrait, du reste, exposer plus en complexité) un exemple ; mais qu'on m'épargne cet argument de la douleur d'être frustré dans un désir profond. Je suis assez au courant.

Mais la Loi a-t-elle pour fonction de résoudre une frustration ? Et si la technique nous donne la capacité de renverser un ordre naturel des choses, est-il raisonnable de le faire ? Après tout, le dérèglement actuel de la planète devrait nous inviter à plus d'humilité devant nos propres potentialités.

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