Il est des auteurs dont le verbe, tellement ciselé qu'il en a l'air presque anodin, est si puissant qu'une seule phrase suffit à saturer votre capacité d'absorption.
Christian Bobin est de ceux-là.
C'est tardivement que j'ai ouvert un de ses livres, en tombant sur La Lumière du monde dans la bibliothèque d'un monastère. Je ne l'ai même jamais fini, parce qu'il est impossible à lire d'une seule traite. Il faut laisser à l'esprit le temps de la percolation.
Je crois vraiment qu'il en est de certains livres comme d'une personne vivante : on vit avec eux une véritable rencontre, parce qu'ils tombent juste, parce qu'ils expriment ce dont on a besoin, parce qu'on se sent soudain un peu moins seul dans l'expérience humaine.
Christian Bobin est mort, le ciel est un peu plus sombre ce soir.
Ne ratez pas l'occasion de rencontrer l'un de ses livres.
Initialement publié sur reseaubarnabe.org
Si Jérusalem était… une couleur, ce serait ce jaune pâle de la pierre avec laquelle tout est bâti. Chaleureuse et aveuglante à midi, elle dore la ville au crépuscule.
Si Jérusalem était… une image, ce serait une icône. Ville sainte, ville sanctifiée par les millions d’hommes qui, de génération en génération, ont tourné vers elle leurs pas, leur attente et leurs prières. Les coupoles, les clochers et minarets qui élèvent le regard, tout ici montre le ciel et la majesté de Dieu.
Si Jérusalem était… un livre, ce pourrait être un livre d’histoire, tant les siècles ont laissé leurs traces ; ce pourrait être la Torah, où Dieu promet à son peuple une fidélité éternelle. Ce serait plus sûrement encore le Livre des Psaumes.
Si Jérusalem était… un instrument, ce serait la voix. Celle de la foule des rues grouillantes du souk, celle des muezzins qui appellent à la prière ou la guident sur l’esplanade des mosquées, celle des communautés chrétiennes de toutes langues et de toutes traditions, celle du peuple juif qui chante sa joie de célébrer shabbat ou se recueille paisiblement devant le Mur occidental, celle, enfin, des personnes que nous rencontrons, qui disent la complexité de cette vie, les contradictions de cette ville.
Jérusalem, c’est tout cela à la fois. Nous avons eu la joie de la découvrir, de laisser se dévoiler un peu cette ville inconnue et familière à la fois.
Jérusalem est une rencontre.