"Jésus oui, l'Eglise non"

Rédigé par MBKto - - Aucun commentaire

Une conférence donnée en janvier dernier par le père Jean-Philippe Fabre au Collège des Bernardins avait pour thème cette réflexion souvent entendue, dissociant Jésus de l'Eglise. Nombre de nos contemporains affirment accepter Jésus comme un "maître à penser", mais refuser l'Eglise catholique et romaine comme institution normative.

À proprement parler, pas de grosse surprise dans cette conférence au sens où il ne faut pas attendre d'un prêtre catholique qu'il relativise, voire annule, la place de l'Église dans le dessein de Dieu. Mais sa réflexion est intéressante pour la place qu'il donne aux objections formulées.

D'abord il analyse cette dichotomie exprimée entre Jésus et l'Église. La personne de Jésus est globalement appréciée, y compris à l'extérieur de l'Église, pour son message d'amour, ou le don de soi, qui sont des thèmes universels et rejoignent chacun. De plus, on le crédite d'une très grande cohérence de vie.

La division commence cependant dès la réception de sa "Résurrection". Une séparation se fait entre ceux qui y adhèrent, et ceux qui doutent que ce soit vraiment possible. Leur soupçon se porte en conséquence sur ceux qui ont témoigné de la Résurrection : n'ont-ils pas inventé cette histoire pour perpétuer la présence de Jésus ? L'institution ecclésiale deviendrait alors une construction postérieure, dont la préoccupation ne serait que d'entretenir la mémoire d'un fondateur charismatique.

Par ailleurs, le rejet de l'Église s'appuie sur différents arguments, qui se placent à plusieurs niveaux.

Au niveau historique d'une part, l'Histoire de l'Église est pleine d'événements peu cohérents avec le message de Jésus ; autant de preuves que l'Église ne vit pas en vérité de ce message. Les exemples (Croisades, Inquisition...) sont nombreux - même si ces dossiers, lorsqu'ils sont étudiés en profondeur, sont généralement plus complexes.

Ainsi l'Église apparait comme une institution moralisante, puritaine, qui fait obstacle à l'épanouissement individuel. Cette impression est renforcée par le fait que l'Église se positionne sur certains sujets (bioéthique, morale, etc.) clairement en rupture avec un certain unanisme de la société contemporaine : elle apparaît donc arriérée, déconnectée de la réalité.

Enfin la moralité même des gens d'Église (contemporains), entâchée par les récents scandales sexuels ou financiers, ajoute au procès en "infidélité au Christ" qui lui est fait.

Ces arguments, conclue le père Fabre, sont profondément ancrés dans les consciences contemporaines. Ils sont lieux de scandale, au sens propre du terme (= obstacle à la foi) et source d'incompréhension.

Il montre ensuite comment différents gestes posés par Jésus au cours de sa vie démontrent que celui avait la volonté de créer une Église (il institue lui-même une forme très concrète de vie apostolique et communautaire, réserve parfois son enseignement à ses disciples seulement). Il donne à ce peuple à venir des règles, des enseignements, des avertissements sur ce qui se passera après. Ce peuple est déjà hiérarchisé : primauté de Pierre, distinction entre les 12 et les autres fidèles ("vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël" Mt 19, 28).

Ici s'élève une objection courante : tous ces signes sont rapportés dans les évangiles, donc par les disciples et leurs continuateurs - donc par l'Église elle-même, finalement. Dès lors, quelle est leur crédibilité ? À cela il n'y a pas vraiment de réponse possible, puisque le témoignage des disciples est le seul moyen d'accès à Jésus (au contenu de son enseignement). On est donc obligé de s'en remettre à ce qu'on a.

Mais il convient sans doute, pour qui veut approcher Jésus, d'entrer dans une plus juste compréhension de l'Église. Celle-ci est par essence un peuple paradoxal, parce qu'elle est un peuple de pécheurs (ce que Jésus savait : les 12 = un traître, un renégat, dix lâches), mais appelée à la sainteté. Elle est faite d'hommes et de femmes qui ont rencontré Jésus et décidé de le suivre, sur le chemin du salut. La sainteté n'est pas la perfection morale, mais le fait d'être conscient de sa propre fragilité et de s'en remettre à la bonté de Dieu. L'Église est d'abord un mystère (c.à.d. quelque chose qu'on n'a jamais fini de comprendre) avant d'être une organisation : il est donc erroné de la juger avec des critères sociologiques.

Pour ces raisons, il est important, quand on s'affirme prêt à suivre le Christ, de se garder de trois écueils, relève le père pour finir. Le premier est de critiquer l'Église en fonction des a priori que l'on peut en avoir. Le deuxième est l'incohérence profonde du "je suis croyant, non pratiquant" : si je crois en Dieu, comment ne pas Le fréquenter ? comment rejeter ce que l'Église met à ma disposition pour avancer ? Enfin, le dernier écueil est dans cette tendance très contemporaine à croire sans appartenir : je veux bien avoir des convictions, mais pas m'engager dans une communauté. Or la communauté est bien ce qui va porter la Foi, dans la mesure où l'Église n'est rien d'autre que "le Christ répandu et communiqué".

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