La Bible est-elle soluble dans la science ?

Rédigé par MBKto - - Aucun commentaire

L'approche scientifique de la Bible, des conditions de sa rédaction (= la critique historique) ou de son contenu (= la confrontation de ce qu'elle raconte aux connaissances scientifiques des faits), paraît dans bien des cas s'opposer à la démarche de Foi, qui proclame y reconnaître la "Parole de Dieu". Voici les croyants imbéciles supposés gober n'importe quoi au nom de "la Vérité", et voici les scientifiques orgueilleux censés mettre en péril cette "Vérité", rien de moins.

Qu'en est-il au juste ?

L'existence de l'exégèse, étude des conditions d'écriture des textes bibliques dans le but de mieux en comprendre le sens, devrait pourtant suffire à montrer qu'une démarche scientifique n'est pas en soi incompatible avec la notion de texte révélé. Mais la science dite moderne, qui, non sans un certain orgueil, s'affirme objective et rigoureuse, débarassée de toute finalité catéchétique, se conçoit seule méthode fiable pour faire avec certitude la part du vrai. Pour peu qu'une histoire personnelle difficile ne mâtine sa pensée d'anticléricalisme, un archéologue ou un historien a vite fait de se déclarer héraut de la lutte contre l'obscurantisme (ecclésiastique, forcément). Ecrasons l'infâme, le refrain est connu. Le pire étant peut-être que certains (tant d'un côté que de l'autre) donnent crédit à cette ambition et semblent croire réellement que l'Eglise serait menacée par de tels travaux. Et à l'aggressivité que peut déployer (il faudrait une sacrée mauvaise foi pour le nier) le matérialisme, répond bien souvent le fondamentalisme, qui soutient, jusqu'à l'absurde, la véridicité d'un récit biblique au prétexte de sa vérité symbolique.

Pour ma part, je défends que si le matérialiste et le fondamentaliste s'opposent aussi violemment, c'est parce qu'ils font tous les deux la même erreur. Oui, la même. Qui consiste à confondre les degrés de lecture (le scientifique et le symbolique), à mélanger allègrement les notions de vérité, d'authenticité et de véridicité, de science et de croyance, tous termes auxquels il est si facile de coller une majuscule autoritaire qui ferme la porte à toute réflexion. Si l'un et l'autre se combattent mutuellement, c'est parce qu'ils sont sur le même ring, et qu'ils en viennent à être aussi absurdes l'un que l'autre.

Parce que je veux bien qu'il paraisse ridicule à un esprit "scientifique" d'entendre dire "La Fontaine a raison donc une cigale ça peut parler à une fourmi" ; mais affirmer "une cigale ça ne peut pas parler à une fourmi donc La Fontaine raconte n'importe quoi", je regrette mais ce n'est pas tellement plus malin.

Bien sûr, s'agissant de La Fontaine, personne n'aurait l'idée d'imaginer deux insectes en train de discuter. Mais faisons l'hypothèse qu'un cataclysme ait entraîné la disparition, tant des cigales et des fourmis, que de tous les documents y faisant référence. Que croyez-vous qu'ils soutiendraient, nos très éclairés tenants de l'objectivité scientifique ?... mmmh ?... à votre avis ?... Et si un jour un petit malin, découvrant par exemple un fossile, l'étudiant de près, le comparant à d'autres, ... annonçait que décidément non, il est impossible que les cigales et les fourmis aient été douées de la parole, ne serait-il pas bien présomptueux d'en conclure catégoriquement que Jean de La Fontaine était au mieux un imbécile heureux ne connaissant pas son sujet, au pire un dangereux manipulateur animé des plus sombres intentions ?

Voilà où en est présentement ma réflexion à ce sujet. Je ne crois pas que la Bible ne soit qu'une gigantesque fable. Je dis seulement que des emprunts au registre de la fable ne doivent pas faire conclure à l'affabulation. Si le bibliste se fait fabuliste, ce n'est pas pour me maintenir dans une ignorance imbécile ; c'est pour me donner une lecture symbolique de ma propre existence.

Car là est la clé de l'affirmation selon laquelle la Bible révèle la Parole de Dieu.
Croire en la Vérité de la Bible, ce n'est pas croire que ce que raconte la Bible est véridique ; c'est avoir reconnu SON histoire (personnelle) dans celle(s) que raconte la Bible.
Et contre cela, aucune recherche, aucun article, aucun documentaire, aucune fouille, aucune analyse ne pourra jamais rien.

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Je vous propose deux documents qui développent cette réflexion.

  • Le premier s'attache à montrer que c'est une erreur de croire que "texte sacré" veut dire "texte intouchable" (et, de la même façon, que "texte touchable" veut dire "texte pas sacré").
  • Le second revient sur le malentendu qui peut opposer le croyant et l'historien, qui ont le même sujet d'étude sous les yeux, mais pourtant n'y voient pas la même chose.

Je voudrais faire comprendre que leurs démarches ne sont pas seulement "pas opposées" ; mais elles sont complémentaires. Car non seulement l'étude scientifique de la Bible est possible, mais elle est même souhaitable et nourrit la foi en l'éclairant sur le sens de l'Ecriture. A condition de ne pas oublier que celle-ci, si sacrée soit-elle, n'est pas une fin en soi. C'est une idée trop répandue, mais fausse, que de croire que le christianisme soit une "religion du Livre" : dans le christianisme Dieu s'est fait Chair, et pas lettres. La Parole de Dieu est une Personne, pas un Livre. Mais si l'on peut rencontrer cette Personne ailleurs que dans ce Livre, en revanche une rencontre si bouleversante ne peut qu'appeler à une fréquentation toujours plus intime du Livre.

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