[5e] Haroun al-Rachid : présentation

Rédigé par Métro-Boulot-Catho -

C'est donc avec ma classe de cinquième (26 élèves) que j'ai utilisé pour la première fois le "document de collecte" (voir les deux épisodes précédents). Voici en quelques mots la présentation de la séquence, qui s'organisait en deux heures (+ travail à la maison) en classe entière, avec une collègue prof-doc.

Objectif (production finale attendue)

Rédiger une biographie du calife Haroun al-Rachid.

Dans le cadre du chapitre d'histoire consacré aux débuts de l'islam, on présente aux élèves la civilisation musulmane. On peut le faire par l'étude d'un personnage ou d'une ville. J'ai retenu Haroun al-Rachid pour deux raisons.

La première est que l'exercice de la biographie est relativement simple à mettre en oeuvre. Les élèves en ont déjà fait en 6e, et il est facile de rappeler en début de séquence quelles informations il faudra chercher. Ils identifient facilement l'objet d'étude. La procédure étant nouvelle, autant que l'objectif leur soit familier.

La seconde est la présence, dans leur manuel, d'un ensemble documentaire (une double-page) consacré à Haroun al-Rachid, avec en particulier une petite chronologie. Comme professeur-documentaliste, je veux développer telle ou telle compétence de recherche d'information ; mais comme professeur d'histoire, j'ai besoin d'être sûre que les élèves retireront des connaissances de ce travail. En d'autres termes, la double-page du manuel assurait un filet de sécurité pour les élèves qui n'auraient pas réalisé une recherche d'information pertinente. Certains s'y sont intelligemment raccrochés.

Dispositions matérielles

La quotité horaire de l'histoire-géographie (-éducation civique) en 5e est de 3 heures par semaine. Les miennes sont réparties en 1 + 2 : j'ai cette classe deux heures d'affilée le vendredi en début d'après-midi.

Cet emploi du temps m'a permis d'organiser la séquence sur un seul cours :

  • une heure en salle informatique (collecte d'information)
  • une heure au CDI (exploitation des informations)

La salle info est bien pourvue, avec 37 postes. Au CDI, nous ne disposons que de 4 postes, avec une extension possible de 5 postes supplémentaires mais dans une-salle-à-côté-qu'il-faut-partager-donc-avoir-réservé-à-temps.

Plan de bataille

Avec ma collègue prof-doc, nous établissons le scénario suivant :

  • Collecte d'information individuelle ;
  • Élaboration d'une fiche pour le report des informations, préparée de telle sorte qu'ils organisent ces informations
  • Production finale en devoir maison. On impose de n'utiliser que les informations collectées sur le DDC, complétées avec le livre ; les élèves ne doivent pas faire de recherches supplémentaires chez eux.
  • Tout est ramassé, la biographie mais aussi les documents de travail.
  • Seule la biographie sera notée ; le respect des consignes sera pris en compte mais on n'évaluera pas la pertinence de la recherche.

Ce dernier point est dû au fait que c'est, pour les élèves, la première utilisation du DDC. On ne peut pas tout évaluer en même temps, et il me parait plus intelligent que les élèves éprouvent d'abord au moins une fois ou deux les difficultés liées à une recherche : j'ai retenu trop de détails, je me noie => je retiens la leçon et ma prochaine recherche sera plus efficace. Alors seulement on évaluera la pertinence de la recherche.

 

Le document de collecte : présentation (2)

Rédigé par Métro-Boulot-Catho -

Comme expliqué dans l'article précédent, le document de collecte a donc pour objectif de donner au copié-collé sa place dans la recherche d'information. La place qui est la sienne, c'est-à-dire d'en faire une étape et non l'aboutissement du travail.

L'utilisation du document de collecte suit, grosso modo, trois ou quatre étapes qui toutes, peuvent faire l'objet d'aménagements pédagogiques (travail individuel ou en groupe par exemple) et d'évaluations variées selon les objectifs des professeurs. Ce n'est pas le moindre des intérêts de l'outil qu'à chaque étape, les choix peuvent être différents : les effets produits (et donc évaluables) le seront en conséquence.

La première de ces étapes est la constitution du document de collecte lui-même. C'est le fruit de la recherche sur Internet : sur un sujet donné, on demande aux élèves de copier-coller dans un document Word des éléments de différents sites qui leur paraissent convenir. Concrètement, cela revient à faire créer par les élèves un document tertiaire constitué d'une compilation de plusieurs sites. Rien qu'à ce stade, les consignes peuvent être variées :

  • travail à plusieurs ou individuel (parfois imposée par la configuration matérielle)
  • des sites interdits ou pas
  • un nombre minimum de sites demandés
  • volume (en nombre de pages) du document de collecte
  • etc.

On ne transige pas sur deux points :

  • le document de collecte doit être limité (une page A4 pour un collégien par exemple)
  • le document de collecte doit être daté et la source clairement indiquée (URL et nom du site) ; on s'aperçoit rapidement que la compétence "identifier le nom d'un site et repérer l'URL" est loin d'être acquise par tous

Le document est ensuite imprimé, et on passe à l'étape suivante.

Sur le papier, les élèves doivent prélever les informations nécessaires. A ce stade, il est compliqué de faire une présentation générale car de très nombreuses options sont possibles. On pourra demander aux élèves de repérer les termes récurrents, qu'on identifiera comme des mots-clés liés au sujet ; on pourra leur demander de piocher des informations plus factuelles à partir desquelles ils rédigeront un récit ; on pourra leur faire faire un premier classement des informations relevées.

On prévoit en général ici un document, intermédiaire avant la production finale, qui permettra ce relevé. Il pourra s'agir d'un tableau, un questionnaire ou, plus ambitieusement, une carte mentale. Selon le niveau des élèves (et ce qu'on cherche à leur faire faire), ce document sera plus ou moins préparé par les professeurs.

Enfin, on aborde la production finale qui sera la présentation, par l'élève, des informations relevées (dont on espère qu'elles deviennent des connaissances) ; écrite ou orale, elle sera évaluée par le professeur de discipline.

Cela n'est qu'une trame générale. En fonction du temps dont on dispose et de la configuration matérielle, on pourra par exemple faire revenir les élèves devant les ordinateurs au moment de la troisième étape, quand pour remplir le document intermédiaire les élèves seront confrontés aux manques de leur propre recherche.

Devant la multiplicité des options, on comprend que cet outil ouvre de très nombreuses possibilités. C'est avec mes 5èmes que j'ai déjà commencé à les explorer. Ce sera l'objet des prochains billets.

 

Le document de collecte : présentation (1)

Rédigé par Métro-Boulot-Catho -

J'entame ici la présentation d'un travail que j'espère développer au long de l'année, avec mes élèves et mes collègues, sous des formes diverses, autour d'un outil extrêmement intéressant : le "document de collecte".

Cette expression, pas très heureuse au demeurant, s'inspire d'un article de Nicole Boubée consultable sur ArchiveSIC : Le rôle des copiés-collés dans l’activité de recherche d’information des élèves du
secondaire
(2008) ; la lecture de ce texte vous sera indispensable si vous souhaitez comprendre la suite des évènements. L'utilisation que je cherche à en faire s'inspire très directement de l'expérience décrite par l'auteur (anonyme) du blog mesdocsdedocs et, là aussi, je vous renvoie à la présentation qu'elle en a faite dans ces différents articles :

Désolée de vous infliger cette énumération de références, dictée autant par la nécessité que par la reconnaissance.

Essayons de résumer le problème.

La question du copié-collé dans la démarche de recherche d'information par les élèves est régulièrement soulevée. Certains professeurs ont abandonné l'idée de leur faire rechercher des informations par eux-mêmes ("je ne vais pas corriger internet !"), ce qui me parait fort dommageable tant à leur motivation qu'à leur formation. La plupart des autres ont de facto rendu les armes en acceptant de corriger des pseudo copiés-collés, ce qui ne peut qu'encourager les élèves à continuer.

Pour des raisons de commodité évidentes, un élève placé en situation de recherche ira au plus basique : taper le sujet dans Google, ramasser quelques sites parmi les premiers (donc Wikipedia), et copier-coller des paragraphes entiers. Comme ses professeurs lui ont bien fait la leçon sur le copié-collé, l'élève va arranger ce copié-collé (fermez violemment les guillemets). Cet arrangement consiste, en gros, à transformer la phrase

> Alexandre le Grand est né en -356

en

> Alexandre le Grand naît en -356.

Pour lui, ce n'est plus du copié-collé. Le problème est évidemment que non seulement, on reste dans le plagiat, mais (plus grave car plus immédiat pour le pédagogue) au terme de cette charcuterie grammaticale l'élève est incapable de dire à quelle époque a vécu Alexandre le Grand.

Des élèves très scolaires, très doués peuvent retirer quelque chose de ce travail : je garde le souvenir d'un petit 5e venu au CDI préparer un exposé sur Carthage - sur son écran, du texte au kilomètre. Croyant le piéger, je lui demande de "me parler de Carthage", sans regarder l'écran. J'ai dû l'arrêter au bout de 5 minutes, au milieu de la deuxième guerre punique. Il avait tout retenu. Mais pour le collégien moyen, le copié-collé-arrangé n'est pas efficace sur le plan de l'acquisition des connaissances.

La difficulté pour le professeur vient alors dans l'évaluation et la notation chiffrée de ce travail. Il n'est décemment pas possible de mettre une mauvaise note car, indéniablement, il y a eu du travail de la part de l'élève. Il s'est probablement fait aider par un parent, lequel attend lui aussi "sa" note. Mais attribuer une bonne note parce que les connaissances attendues sont présentées, alors qu'une connaissance présentée n'est pas forcément acquise, ne fait que valider le procédé (l'élève recommencera au prochain travail de recherche puisque cela lui rapporte de bonnes notes). On encourage donc une méthode qui n'est pas efficace au plan cognitif.

C'est à ce problème que les professeurs-documentalistes ont des solutions à proposer, comme l'oublient trop souvent nos collègues de disciplines. Une de ces solutions, très intéressante à mon avis, est le document de collecte.

Intéressante parce que réaliste. Réaliste parce qu'elle s'appuie sur le réflexe Google des élèves, donc sur leur vécu (qui est aussi celui de leurs professeurs, soit dit en passant). On peut bassiner les élèves avec les étapes de la recherche : je questionne le sujet (quiquequoioù....), je définis des mots-clés, gnagnagna. Les élèves le feront en séance en classe pour faire plaisir au professeur ; mais aussitôt rentrés chez eux, ils retourneront à leur petite charcuterie grammaticale. On ne peut pas lutter contre le vécu des élèves, quand la technologie l'alimente.

Intéressante parce que, je crois, efficace. Efficace parce que le document de collecte oblige l'élève à lire l'information collectée, et à l'analyser pour la classer et l'exploiter convenablement. Le copié-collé, devenu une étape de la recherche d'information (et non plus son aboutissement), prend une vraie légitimité - à la plus grande surprise des élèves ("Mais Madame, on peut vraiment faire du copié-collé ?!") !

(à suivre ... )

Vous avez dit Création ?

Rédigé par Métro-Boulot-Catho -

A la question des origines (du monde et de l'homme) la Bible répond par la poésie. Dans les premières pages de la Genèse, Dieu crée le monde par l'action de sa Parole. Le texte qui l'ouvre est un poème, magnifique, rythmé par la célèbre séquence "il y eut un soir, il y eut un matin...". Un peu plus loin, un autre texte, en réalité plus ancien, compare Dieu à un potier, qui insuffle la vie à sa création. Ce texte a longtemps servi de base à toute réflexion sur le sujet.

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