Dieu est un regard

Rédigé par MBKto - - Aucun commentaire

Dieu est un regard.

Parce que Dieu est Amour et que l'Amour, c'est d'abord un regard.

C'est-à-dire une façon de regarder.

C'est un regard qui regarde. Qui regarde vraiment, bien en face, posément. Dieu n'est pas pressé : Il observe, Il devine. C'est un regard qui s'intéresse à ce qu'il regarde, qui cherche en l'autre ce qu'il peut donner. Ce qui fait la dignité d'un homme, c'est qu'il puisse donner ; le regard de Dieu voit ce que l'homme peut donner.

Il y a quelque chose de ça dans le regard de Carolis (oui, le journaliste) ; à l'époque où il présentait Des racines et des ailes, il fallait le voir mener ses interviews. La façon qu'il avait de regarder ses invités. Son regard avait l'air de dire : "Cette personne a quelque chose de passionnant à raconter, et je vais le lui faire raconter". Et de fait, ses invités étaient souvent passionnants. Parce qu'ils donnaient une part d'eux-mêmes, de leur savoir ou de leur histoire.

Dieu, c'est aussi un regard qui relève. Parce qu'il ne vient pas "d'en haut". Le Dieu des musulmans regarde d'en haut, et exige la soumission (c'est bien ce qu'Islam veut dire, non ?). Mais le Dieu auquel moi je crois, s'est fait petit enfant. Et dans la crêche, c'est "par en-dessous" qu'il regarde les hommes. Il a pris la condition d'homme et ne s'est pas montré haut dans la gloire ; au contraire, il a accepté l'abaissement suprême, celui de la Croix. Ce n'est pas par masochisme, comme on le lit parfois. C'est parce que l'homme est si petit, qu'il a dû se faire encore plus petit que lui, pour ne pas devoir le regarder d'en-haut. L'humilité, ce n'est pas se complaire à se faire petit ; c'est vouloir faire l'autre grand.

Le pape Benoît XVI a ce genre de regard. Tous ceux qui l'ont approché disent son humilité. On voit comme il est gêné lorsque les gens l'acclament, combien il écourte tous les moments où il est en hauteur (notamment à la loggia), tant cette situation ne lui est pas naturelle. Celui qu'on a longtemps vu derrière Jean-Paul II, dont la voix est si douce, a toujours l'air désolé d'être au centre de l'attention. Pendant la messe de son couronnement, il a reçu une poignée de fidèles venus lui présenter leurs hommages, en signe d'allégeance au nom de la catholicité toute entière ; au moment où ils s'approchaient un par un, il s'est penché vers chacun d'eux pour se mettre à leur niveau. Les traditions de l'institution ecclésiastique - les exigences de notre société de l'image, aussi - le placent souvent en hauteur ; l'embarras qu'il y éprouve a quelque chose de touchant.

Dieu, c'est surtout un regard qui espère. Pas d'espoir, mais d'espérance, celle avec un grand E, celle de Péguy. L'espérance, a écrit quelqu'un, c'est le désir d'espoir. Même quand il n'y a plus d'espoir, vouloir espérer quand même. L'Espérance, c'est ne pas regarder ce qu'est l'autre, mais ce qu'il doit encore devenir. Péguy a écrit qu'elle était la foi qui étonnait le plus Dieu, parce qu'elle aimait ce qui n'était pas encore. Quand Dieu regarde, Il voit ce qui n'est pas encore.

 

Dieu est un regard attentif, humble, et plein d'Espérance. Et je n'ai pas dit qu'Il avait un regard attentif, humble et plein d'Espérance : j'ai bien dit qu'Il était ce regard. Je n'ai encore jamais approché Benoît XVI ; mais j'ai déjà rencontré une personne qui a ce regard-là. Et croyez-moi, ce n'est pas une expérience très banale que de rencontrer quelqu'un... qui a le Bon Dieu dans les yeux...

 

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