Souffrance des enfants, douleur des adultes

Rédigé par Métro-Boulot-Catho -

Il y a quelques jours Konbini diffusait sur les réseaux sociaux le témoignage d'Anne Ratier, expliquant comment, en 1987, elle avait "offert la mort" (ce sont ses mots) à son fils âgé de 3 ans, lourdement polyhandicapé suite à un retard d'oxygénation au moment de l'accouchement. Si son discours n'est pas directement militant, il n'est pas difficile de voir, dans ce genre de témoignage compassionnel, une intention prosélyte certaine. L'objectif est toujours le même : rendre l'euthanasie acceptable, parce que la mort serait préférable à certaines vies.

Si d'autres l'ont fait avec intelligence, je ne peux manquer de réagir, car j'ai été touchée d'un peu plus près que la moyenne par cette question (Dieu merci, elle concerne en réalité un petit nombre de cas). Ma filleule était atteinte d'une maladie génétique orpheline qui s'est déclarée quelques mois après sa naissance. Un truc trop rare pour avoir été formellement identifié. Un problème de connexion entre le cerveau et les muscles ; aucun membre n'était paralysé, mais aucun mouvement n'était volontaire ou même contrôlé. Incapable de se tenir assise, elle ne s'exprimait qu'en riant ou en pleurant. Je vous passe les effets secondaires, comme le squelette qui se déforme à cause de la croissance des os qui ne sont pas tenus correctement par les muscles qui ne se développent pas : corset, souffrances, chirurgie...

Elle est morte peu avant son neuvième anniversaire, dans son sommeil. Son cœur, fatigué d'être le seul à fonctionner à peu près correctement dans tout ce bordel, a tout simplement décidé de lâcher l'affaire.

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La gloire d'Israël

Rédigé par Métro-Boulot-Catho -

La première lecture de dimanche dernier (Livre de Néhémie 8, 2-4a.5-6.8-10) nous emmenait dans un événement peu connu de l'histoire du peuple d'Israël. En 538, le roi de Perse Cyrus autorise les vaincus de son ancien ennemi le roi de Babylone à retourner à Jérusalem. Le réinvestissement du Temple donne lieu à une cérémonie extraordinaire, où le prêtre Esdras proclame solennellement la Parole de Dieu au peuple rassemblé. L'Exil a entraîné sa part d'oubli, au point que même la langue est perdue, il faut régulièrement arrêter la lecture, traduire et expliquer.

L'émotion du peuple est telle, dit le bibliste, que tous "pleuraient en entendant les paroles de la Loi". Esdras les enjoint à se réjouir, à manger des viandes savoureuses, boire des boissons aromatisées : "la joie du Seigneur est votre rempart !"

"La joie du Seigneur est votre rempart !"

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Le plus beau métier du monde (#8)

Rédigé par Métro-Boulot-Catho -

Début du cours, 5eme. Je ne sais plus très bien à propos de quoi, j'emploie l'expression "Il faut avoir fait Polytechnique pour y arriver". Consciente que les élèves n'ont peut-être pas compris, je leur demande s'ils savent ce que c'est, "Polytechnique".

Un petit Gérin* répond : "Oui je sais : c'est une étude pour des gens qui sont très intelligents !" Je rectifie un peu, je précise, et j'explicite le sens de l'expression. Et on passe à autre chose.

Un peu plus tard, après leur avoir rendu des copies, je les félicite de leurs bonnes notes.

Et le petit Gérin de réagir : "On est super intelligents, on va tous faire Polytechnique !"

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(* Non, ce n'est pas son vrai prénom. Ici j'anonymise mes élèves en piochant parmi les saints du jour).

Catholic Blues

Rédigé par Métro-Boulot-Catho -

Aujourd'hui, je vais exceptionnellement rompre avec une règle que je m'étais fixée en créant ce blog, qui est de ne pas réagir "à chaud" à l'actualité, particulièrement quand elle tourne à la polémique. Mais je vais le faire aujourd'hui, parce que ce qui arrive est grave, et parce que j'ai mal.

D'abord et avant tout, j'ai mal à l'idée que des enfants ont souffert des horreurs que je ne peux même pas me représenter.

Mais j'ai surtout mal que des connards de prédateurs aient usé de l'ascendant moral et spirituel que leur donnaient leurs fonctions de prêtre pour infliger ces horreurs à ces enfants, obtenir leur silence et parfois aussi bénéficier de celui de leurs parents, qui ont préféré ne pas croire les enfants.

J'ai mal que des évêques aient nié, ou minimisé le problème, aient cherché à étouffer le scandale, à protéger l'Institution plutôt que les enfants.

Dans un autre registre, j'ai mal que dans certains pays, des religieux aient participé à l'enlèvement d'enfants à leur mère, et donné une caution morale et spirituelle à un système aussi odieux.

Tout cela me fait mal car ce n'est pas ce que je connais de l'Église, et j'ai terriblement mal que certains la réduisent désormais à tout cela.

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Jérusalem : un portrait chinois

Rédigé par Métro-Boulot-Catho -

Initialement publié sur reseaubarnabe.org

Si Jérusalem était… une couleur, ce serait ce jaune pâle de la pierre avec laquelle tout est bâti. Chaleureuse et aveuglante à midi, elle dore la ville au crépuscule.

Si Jérusalem était… une image, ce serait une icône. Ville sainte, ville sanctifiée par les millions d’hommes qui, de génération en génération, ont tourné vers elle leurs pas, leur attente et leurs prières. Les coupoles, les clochers et minarets qui élèvent le regard, tout ici montre le ciel et la majesté de Dieu.

Si Jérusalem était… un livre, ce pourrait être un livre d’histoire, tant les siècles ont laissé leurs traces ; ce pourrait être la Torah, où Dieu promet à son peuple une fidélité éternelle. Ce serait plus sûrement encore le Livre des Psaumes.

Si Jérusalem était… un instrument, ce serait la voix. Celle de la foule des rues grouillantes du souk, celle des muezzins qui appellent à la prière ou la guident sur l’esplanade des mosquées, celle des communautés chrétiennes de toutes langues et de toutes traditions, celle du peuple juif qui chante sa joie de célébrer shabbat ou se recueille paisiblement devant le Mur occidental, celle, enfin, des personnes que nous rencontrons, qui disent la complexité de cette vie, les contradictions de cette ville.

Jérusalem, c’est tout cela à la fois. Nous avons eu la joie de la découvrir, de laisser se dévoiler un peu cette ville inconnue et familière à la fois.

Jérusalem est une rencontre.

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