Je voulais finir le propos de mon dernier billet en vous parlant de deux autres lectures, extrêmement intéressantes, sur le thème de l'islam et de sa situation actuelle.
Comprendre l'islam- sous-titré Ou plutôt : pourquoi on n'y comprend rien - du frère (dominicain) Adrien Candiard n'est pas seulement un livre. C'est un bien de salut public. L'intérêt tient autant à sa clarté toute pédagogique qu'à l'équilibre du propos, qui jamais ne verse dans la réduction - et encore moins dans la condamnation. On sent à le lire toute la sérénité de l'érudit à qui la fréquentation des personnes a appris la complexité de la réalité. Evitant aussi bien l'aridité d'une étude sèche des textes que la noyade dans une "tolérance" mièvre et finalement insignifiante, il expose clairement et simplement les faits dans leur épaisseur.
Ces derniers mois, j'ai consacré une part importante de mon temps "lectures" au monde arabo-musulman, pour essayer de comprendre (un peu) la situation actuelle. Je n'avais pas de bibliographie pré-établie, elle s'est constituée au fil de l'eau, au gré de mes découvertes en bibliothèque et sur Internet.
J'ai commencé par Les identités meurtrières d'Amin Maalouf. Bien qu'écrit il y a près de 20 ans, ce petit essai est d'une actualité incroyable.
La semaine dernière, j'ai eu un petit débat théologique avec un prêtre de mes connaissances sur le passage de l'annonce faite à Joseph (Mt 1, 18-25).
La question du débat portait sur l'interprétation de l'attitude de Joseph. On rappelle le contexte : Marie se retrouve enceinte "sous l'action de l'Esprit Saint" et Joseph, "son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret" (Mt 1, 19). En homélie, ce prêtre avait expliqué que Joseph, pensant que Marie l'avait trompé avec un autre homme, voulait la répudier mais secrètement pour ne pas l'exposer au scandale. Mon désaccord s'appuyait sur une autre interprétation, entendue lors d'une formation au Collège des Bernardins, selon laquelle Joseph, certain que l'enfant est bien conçu du Saint-Esprit, doute seulement de sa propre dignité à en être l'éducateur - et l'époux d'une femme aussi exceptionnelle.
Ce matin en 5e j'aère la classe, un peu contre la volonté des élèves, en expliquant que les neurones ont besoin d'oxygène.
Je retrouve une partie de cette classe, en fin de journée, au CDI. Je fais ouvrir les fenêtres.
Quelques minutes plus tard, je demande à l'élève le plus près (appelons-le Odon, saint du jour) de fermer. Il demande quelques minutes de plus.
Une voisine lance
"Il faut encore aérer les neurones d'Odon"
Je la remets gentiment à sa place :
"C'est parce qu'il en a beaucoup, alors ça prend plus de temps"
Et le Odon en question me remercie en se marrant.
Quelques instants plus tard, je m'approche du groupe qui a échangé quelques mots et Odon me dit :
"Elle dit que je n'ai pas d'humour !"
Alors je mets fin à leur chicane :
"Ah, ben aussi, vous avez des neurones : on peut pas tout avoir !"